Debout sur les pissenlits …

T’as ni cogné ni sonné
T’as longé le mur du côté
Et te voici, debout sur les pissenlits  

Tu vois jouer mes enfants
Et j’les entends qui crient « Maman »
« Y’a un monsieur qu’est bizarre
A coté d’la balançoire
Viens lui parler nous on comprend pas son histoire »

Et me voici près de toi
J’suis ébahie que tu sois là

Tu n’as pas changé d’un brin
C’qui est différent, c’est que t’es sur mon terrain
C’qui est différent, c’est qu’ma main ne vit plus dans ta main

Tu n’as pas changé du tout
A part qu’y a mes enfants qui jouent
Autour de toi, autour de nous
Y’a quelque chose qui cloche là dessous

T’as commencé à parler
J’ai commencé à pleurer
Puis les enfants ils se sont mis à pas t’aimer
« Maman c’est qui ce monsieur
Qui fout des larmes dans tes yeux ? »

Je leur explique à demi
Que t’es disons un ami
Ça leur suffit
Ils s’réfugient dans la maison
J’ai fais exprès, j’ai pas dit
Ni d’où tu viens ni ton prénom

J’me sens comme prise ne otage
J’me sens coupable d’avoir les deux yeux qui nagent
J’me sens coupable de ne pas te défendre au passage

J’me sens comme pas très correcte
Face aux visages dans la fenêtre
De mes enfants qui font la tête

Y’a quelque chose qui cloche
Mais j’reste
A écouter tes versions
De notre fin de passion
Et j’ai le cœur qui s’empiffre d’émotion
J’suis affamée comme un lion
J’ai rien qu’envie de mordre à fond

Dedans ta bouche en mouvement
Qui me dit tout simplement
Les mots qui touchent
Qui font mouche comme avant
J’suis nostalgique à mourir
Je pleus des larmes de désir

Tu n’as pas changé d’une miette
C’qui est différent c’est les enfants qui nous guettent
C’qui est différent c’est que ma vie moi ben je l’ai refaite

Les pissenlits vont flétrir
Leurs cheveux jaunes vont pâlir
Devenir poussière et puis partir
Y’a quelque chose qu’est moche à mourir

Ça y est j’entends les gamins
Me dire « Maman on a faim »
J’regarde ma montre il est déjà midi et vingt
Ça fait deux heures qu’on est là
Deux heures que tu me tends les bras

Dans ma petite cervelle
J’suis déjà toute infidèle
Ça faisait longtemps que j’m’étais pas sentie si belle
J’m’entends de dire « Désolée, y’a les enfants qui m’appellent »

Je monte sur mon balcon
Quand j’me retourne t’as les yeux comme des rayons
Tu fais demi-tour et soudain je suis prise de frissons

Tu longes le mur du côté
Et ta voiture eh ben je l’entends démarrer
Et au lieu de te retenir
J’prends une casserole j’mets d’l’eau à bouillir

Il est midi quarante-quatre
Les gamins mangent des pâtes
Moi j’suis dehors à genoux sur le gazon
Un pissenlit dans les mains, qui a la marque de ton talon

T’avais fait ça y’a dix ans
Revenir me voir en coup d’vent
Quand mon plus vieux il était encore au biberon
N’as tu pas vu que son frère, il a les yeux comme des rayons
Neuf ans et quelques poussières
Et ta fossette sur le menton ?

Texte de Linda Le may


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Ses mots …

Le manteau de ses mots en réchauffant ma peau

Embrasait ma raison, allumait mes regards,

Eclairait de croyance mes rêves les plus beaux,

Me faisait l’héroïne d’un poème d’Eluard …

 

En prose, en rimes, en pieds ou bien en liberté,

Sa passion exultait de sa plume stylée …

Attirance magique, envoûtement sacré,

Charme chimérique, puissante crédulité …

 

Chaudes pluies de syllabes, dédicaces d’amour,

Colliers de métaphores à perdre son langage,

Phrases ourlées de caresses, pommades de velours,

Substances de l’esprit, merveilleux assemblages …

 

C’était il y a longtemps…ou quelques mois, je crois …

Les vapeurs de l’esprit enivrent ma mémoire.

Le cœur inhabité j’écoute encore l’émoi

De cette ombre glacée déshabillée de gloire …

 

Dans les ruelles du vent je viens perdre mon âme,

Je viens semer ses mots qui ne me parlent plus.

Et pardon aux poètes si je dépose les armes,

Sans ses mots je suis nue, sans ses mots… il me tue …

http://www.copyrightdepot.com/cd17/00049441.htm

Alain Borne

Alain Borne, né le 12 janvier 1915 à Saint-Pont (Allier), décédé le 21 décembre 1962 à Lapalud (Vaucluse), est un poète français.

Louis Aragon salua déjà son lyrisme dès 1942. Il était avocat à Montélimar et vécut relativement ignoré des milieux littéraires parisiens. Mais il était très lié avec Pierre Seghers.

Il trouva la mort dans un accident de voiture, à une cinquantaine de kilomètres au nord d’Avignon. La moitié de son œuvre a paru depuis.

Œuvres

  • 1939 : Cicatrices de Songes, Feuillets de l’îlot

  • 1941 : Neige et 20 Poèmes, Seghers

  • 1942 : Contre-feu, Cahiers du Rhône

  • 1943 : Seuils, École de Rochefort

  • 1945 : Brefs, Confluences

  • 1945 : Regardez mes mains vides, PAB

  • 1946 : Poèmes à Lislei, Seghers

  • 1946 : Terre de l’été, Laffont

  • 1947 : L’Eau Fine, Gallimard

  • 1951 : O P. 10, PAB

  • 1953 : En une seule injure, Rougerie (Prix Artaud)

  • 1953 : Orties, Henneuse

  • 1954 : Demain la nuit sera parfaite, Rougerie

  • 1955 : Treize, PAB

  • 1957 : Adresses au vent, traduit en italien par G. A. Brunelli, Capitoli

  • 1959 : Encore, Rougerie

  • 1961 : Encres, Club du poème

Posthumes

  • 1962 : L’amour brûle le circuit, Club du poème

  • 1963 : La Dernière Ligne, Club du poème

  • 1964 : La nuit me parle de toi, Rougerie

  • 1964 : La célébration du hareng, (prose) Robert Morel

  • 1965 : Les fêtes sont fanées suivi de La dernière ligne, Club du poème

  • 1969 : Encres, édition définitive, Club du poème

  • 1969 : Vive la mort, Chambelland

  • 1969 : Le Facteur Cheval, (prose) éditions Robert Morel, photographies de Henriette Grindat

  • 1971 : Indociles, Club du poème

  • 1971 : Le Plus Doux Poignard, Chambelland

  • 1974 : Complaintes, Saint-Germain-des-Prés

  • 1980 : Œuvres poétiques complètes, tome 1, Curandera

  • 1981 : Œuvres poétiques complètes, tome 2, Curandera

  • 1991 : Textes inédits, prose et correspondance, revue Voix d’encre n° 3/4

  • 1992 : Seul avec la beauté, (première anthologie de poèmes inédits), éditions Voix d’encre

  • 1994 : L’amour, la vie, la mort, (deuxième anthologie de poèmes inédits), éditions Voix d’encre

  • 1999 : Poèmes inédits, revue Voix d’encre, n° 20

  • 2000 : La marquise sortit à 5 heures, (nouvelles), éditions Voix d’encre

  • 2001 : (Rééditions) Terre de l’été suivi de Poèmes à Lislei, Éditions Editinter

  • 2001 : En passant par le lycée… Alain Borne, Lycée Alain Borne

  • 2001 : Un brasier de mots, poèmes inédits réunis par Alain Blanc, éditions Voix d’encre

  • 2002 : (Rééditions) L’eau fine suivi de En une seule injure, Éditions Editinter

  • 2002 : (Réédition) célébration du hareng, poésie/première 22

  • 2002 : (Réédition) Encres, Atelier du Hanneton

  • 2003 : Poèmes d’amour, (anthologie) Le Cherche-Midi

  • 2006 : (réédition)la nuit me parle de toi, trident neuf

Penser à Toi

Reste mon silence le plus précieux

Le plus long, le plus orageux silence.

Tu es en moi toujours

Comme mon coeur, inaperçu,

Mais comme un coeur qui ferait mal,

Blessure qui ferait vivre…

Alain Borne

 

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