Nuit de Pâques

A travers la fenêtre, sans rideau, depuis longtemps je vois une petite étoile me luire.
Je ne dors pas. Mais entre le Samedi-Saint et Pâques, la nuit n’est pas faite pour dormir !
Les montagnes et les forêts attendent, elles m’entourent dans une émanation lumineuse.
La pleine lune, pas à pas, élève, suspend sa face pieuse…

Le soleil n’est pas levé encore : il y a une heure encore de cette immense solitude !
Il n’y a, pour garder le tombeau, que ces millions d’étoiles en armes, vigilantes depuis le pôle jusqu’au Sud !

Et tout à coup, dans le clair de lune, les cloches, en une grappe énorme dans le clocher,
Les cloches au milieu de la nuit, comme d’elles-mêmes, les cloches se sont mises à sonner !
On ne comprend pas ce qu’elles disent, elles parlent toutes à la fois !
Ce qui les empêche de parler, c’est l’amour, la surprise toutes ensemble de la joie !
Ce n’est pas un faible murmure, ce n’est pas cette langue au milieu de nous-mêmes suspendue
qui commence à remuer !

C’est la cloche vers les quatre horizons chrétienne qui sonne à toute volée !…
Vous qui dormez, ne craignez point, parce que c’est vrai que j’ai vaincu la mort!
J’étais mort, et je suis ressuscité dans mon âme et dans mon corps !
La loi du chaos est vaincue et le Tartare est souffleté !
La terre qui, dans un ouragan de cloches de toutes parts s’ébranle, vous apprend que je suis ressuscité!

P. Claudel, Toi, qui es-tu ?

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