Trop tard…

Il a parlé. Prévoyante ou légère,
Sa voix cruelle et qui m’était si chère
A dit ces mots qui m’atteignaient tout bas :
« Vous qui savez aimer, ne m’aimez pas !


« Ne m’aimez pas si vous êtes sensible,
« Jamais sur moi n’a plané le bonheur.
« Je suis bizarre et peut-être inflexible ;
« L’amour veut trop : l’amour veut tout un coeur
« Je hais ses pleurs, sa grâce ou sa colère ;
« Ses fers jamais n’entraveront mes pas. « 


Il parle ainsi, celui qui m’a su plaire…
Qu’un peu plus tôt cette voix qui m’éclaire
N’a-t-elle dit, moins flatteuse et moins bas :
« Vous qui savez aimer, ne m’aimez pas !


« Ne m’aimez pas ! l’âme demande l’âme.
« L’insecte ardent brille aussi près des fleurs :
« Il éblouit, mais il n’a point de flamme ;
« La rose a froid sous ses froides lueurs.
« Vaine étincelle échappée à la cendre,
« Mon sort qui brille égarerait vos pas. »


Il parle ainsi, lui que j’ai cru si tendre.
Ah ! pour forcer ma raison à l’entendre,
Il dit trop tard, ou bien il dit trop bas :
« Vous qui savez aimer, ne m’aimez pas. « 

Marceline DESBORDES-VALMORE   (1786-1859)

Marceline Desbordes-Valmore, née à Douai le 20 juin 1786 et morte à Paris le 23 juillet 1859, est une poétesse française. Elle fut surnommée « Notre-Dame-Des-Pleurs » en références aux nombreux drames qui jalonnèrent sa vie.

Enfance

Marceline Desbordes est la fille de Catherine Lucas et Félix Desbordes, un peintre en armoiries, devenu cabaretier à Douai après avoir été ruiné par la Révolution. Fin 1801, après un séjour à Rochefort et à Bordeaux, la jeune fille et sa mère s’embarquent pour la Guadeloupe, île appartenant à la France depuis 1635, afin de chercher une aide financière chez un cousin aisé, installé là-bas.

Carrière théâtrale

Le voyage entrepris, qui devait être un nouveau départ devient un véritable calvaire. D’une part, la traversée en bateau, qui prend plus que prévu (onze jours) affaiblit les deux femmes, d’autre part, une épidémie de fièvre jaune se déclare en Guadeloupe et emporte, en mai 1803, la mère de la jeune fille. En outre, des troubles politiques agitent l’île et la situation du cousin ne se révèle pas aussi bonne qu’on le disait : l’aide qu’il apporte est donc bien maigre.

De retour en métropole près de son père à Douai, Marceline devient comédienne dès l’âge de 16 ans. Elle joue au théâtre au théâtre à l’italienne de Douai, à Lille, Rouen (grâce à sa rencontre avec le compositeur Grétry) et à Paris. Comédienne, chanteuse et cantatrice, elle se produit notamment théâtre de l’Odéon à l’Opéra-Comique, à Paris, et au Théâtre de la Monnaie, à Bruxelles, où elle incarne en 1815 « Rosine » dans Le Barbier de Séville de Beaumarchais. Au cours de sa carrière théâtrale, elle joue souvent des rôles d’ingénue. Elle crée plusieurs pièces de Pigault-Lebrun, rencontre Talma, qu’elle admire, Marie Dorval et surtout Mademoiselle Mars, qui sera son amie jusqu’à la fin de ses jours.

Poétesse

De 1808 à 1810, elle a une liaison passionnée avec le comédien et homme de lettre Henri de Latouche. En 1816, elle perd le fils qu’elle a eu avec lui, qu’elle nomme Olivier dans ses poèmes. Elle se marie en 1817 avec un acteur, Prosper Lanchantin, dit Valmore, rencontré alors qu’elle jouait à Bruxelles. Elle en aura quatre enfants, dont un seul, Hippolyte Valmore, lui survivra (Junie, Inès décèdent en bas âge et Hyacinthe, dite Ondine, compose des poèmes et des contes avant de mourir à l’âge de 31 ans).

Marceline Desbordes-Valmore publie en 1819 son premier recueil de poèmes, Élégies et Romances, qui attire l’attention et lui ouvre les pages de différents journaux tels que le Journal des dames et des modes, l’Observateur des modes et la Muse française. En effet, son mari n’est guère aisé et elle sa popularité a perdu de son aura : c’est ainsi tout d’abord pour un intérêt financier qu’elle se met à écrire. Le couple s’installe à Lyon. Marceline Desbordes-Valmore continue à voir Henri de Latouche, et entretient avec lui une relation épistolaire soutenue. Par la suite, ses ouvrages les plus importants sont les Élégies et poésies nouvelles en 1824, les Pleurs en 1833 , Pauvres fleurs en 1839 et Bouquets et prières en 1843. En 1832, elle cesse définitivement son activité au théâtre pour se consacrer à l’écriture. Toutes ses œuvres, dont le lyrisme et la hardiesse de versification sont remarqués, lui valent une pension royale sous Louis-Philippe Ier et plusieurs distinctions académiques. Elle écrit aussi des nouvelles et compose des Contes pour enfants, en prose et en vers. En 1833, elle publie un roman autobiographique L’Atelier d’un peintre. Elle y met en évidence la difficulté d’être reconnue pleinement comme artiste pour une femme.

Fin de vie

Marceline Desbordes-Valmore décède à Paris, le 23 juillet 1859, en ayant survécu au décès de presque tous ses enfants, de son frère et de maintes amies. Elle habitait néanmoins au 27, rue de Bièvre, à Bourg-la-Reine et est inhumée dans le cimetière de la commune.

44 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. marieange
    Mai 23, 2011 @ 08:01:08

    C’est un plaisir de lire ce poème
    et c’est toi qui m’avais fait découvrir la poésie de Marceline Desbordes-Valmore, il y a quelques années déjà !. Le temps passe trop vite.
    Bisous et bonne journée Océanelle.

    Réponse

  2. annieahmad
    Mai 23, 2011 @ 08:30:45

    joli poesie : encore une que je ne connais pas : çà rafraichit la mémoire et c’est beau ! bises

    Réponse

  3. bleuemarie
    Mai 23, 2011 @ 08:37:57

    J’ai découvert cette poétesse il y a peu lors d’une soirée poésie avec un groupe d’amis.
    Depuis, je l’ai retrouvée chez toi avec un égal bonheur.

    Comme quoi les choses arrivent à leur heur quand le temps est venu

    Bonne semaine

    Amicalement
    Marie

    Réponse

  4. claudielapicarde
    Mai 23, 2011 @ 09:07:40

    Très beau texte pour un amour impossible.
    Bises et bonne semaine.

    Réponse

  5. Dany de tara
    Mai 23, 2011 @ 09:16:43

    un amour qui ne sera pas
    un amour avorté
    c’est bizarre mais ces mots me font penser à un ami trés cher à mon coeur
    pourquoi? le filing surement
    mais quoiqu’il en soit ce poème est trés trés beau
    bisous a toi
    dany

    Réponse

  6. Ludie
    Mai 23, 2011 @ 10:07:56

    Ils diraient un peu tous ça,
    ceux que j’aurais voulu aimer.
    Et moi, je me serais appliquée à les faire changer.
    A leur montrer qu’ils sont dignes d’amour.
    Au moins du mien.
    Je vous aime, haut et fort!
    J’ai le droit: nous sommes beaux, coquins,
    et vive moi en insoumise! 😉

    Réponse

  7. nuage1962
    Mai 23, 2011 @ 10:25:22

    Ce pome est magnifique, émotions tendresse, tristesse tout y est

    Réponse

  8. Kleaude
    Mai 23, 2011 @ 11:47:24

    Un bien beau texte…. paradoxe en poé.sie.. dilemme du coeur…
    Et bien intéressant le portrait que ut nous offres de l’auteur…
    Vétitable chronique littéraire que tu nous offres.

    Salutations
    Kleaude

    Réponse

  9. fanfan la reveuse
    Mai 23, 2011 @ 12:15:34

    L’amour et ses états d’âmes………
    Il en a fait couler de l’encre et verser des larmes, pourtant nul ne peut s’en soustraire, combien aussi il peut-être bon 😉
    Un très beau texte qu’il me plait a découvrir, merci à vous Océanelle 😉
    Bonne journée à vous
    Bisous

    Réponse

  10. moncarnetdevelours
    Mai 23, 2011 @ 17:35:24

    tu connais mes gouts pour la poesie et les images qui les accompagnent alors autant te dire que j’adore et j’y suis très sensible, bonne soirée, bisous

    Réponse

  11. Madeleine Lafrance
    Mai 23, 2011 @ 17:42:25

    Merci Océanelle pour cette découverte …!
    Un très beau texte à lire et relire …agrémenté de belles images…!
    Bravo …!

    Bonne semaine à toi
    Amitiés
    Manouchka

    Réponse

  12. MAGALIE
    Mai 23, 2011 @ 18:07:20

    Ma douce.. tu sais ce que j’en pense, grâce à toi j’ai découvert Marceline; je ne l’en lasse pas, alors c’est quand tu veux… « vous qui savez aimer, ne m’aimez pas ».. Magnifique, j’aime, j’aime, j’aime… Des gros bisous tendresses pour toi…

    Réponse

    • Oceanelle
      Mai 23, 2011 @ 18:40:05

      Promis, je vais faire une suite en abonnement ! mdrrrr…; rien que pour toi ! …et moi ….; et tous ceux qui aiment comme nous ! Bisous-douceur pour une belle soirée ma douce

      Réponse

  13. douceurchezjolicoeur
    Mai 23, 2011 @ 18:26:24

    ______________________________
    _____________________ZZZZZZZZZ
    ________________ZZZZZZZZZZZ
    _____________ZZZZZZZZZZ
    ___________ZZZZZZZZZZ
    _________ZZZZZZZZZZ_ Bonsoir Océanelle
    _______ZZZZZZZZZZZ
    ______ZZZZZZZZZZZ
    _____ZZZZZZZZZZZ
    ____ZZZZZZZZZZZZ
    ____ZZZZZZZZZZZZ
    ___ZZZZZZZZ_ZZZZ
    ___ZZZZZZZZ__ZZZZ
    __ZZZZZZZZZZZZZZZZ _Je passe te souhaiter une bonne soirée
    __ZZZZZZZZZZZZZZZZZ
    __ZZZZZZZZZZZZZZZZZZ
    __ZZZZZZZZZZZZZZZZZZ
    __ZZZZZZZ_ZZZZZZ
    __ZZZZZZZZ
    __ZZZZZZZZZZ
    __ZZZZZZZZZZZ
    __ZZZZZZZZZZZZZ
    ___ZZZZZZZZZZZZZ _Ainsi qu’une bonne nuit
    ___ZZZZZZZZZZZZZ
    ____ZZZZZZZZZZZZZ Fais de beaux rêves
    _____ZZZZZZZZZZZZ
    ______ZZZZZZZZZZZZ
    _______ZZZZZZZZZZZZZ
    ________ZZZZZZZZZZZZZ
    __________ZZZZZZZZZZZZZZ _Gros Bisous
    ____________ZZZZZZZZZZZZZZZ
    ______________ZZZZZZZZZZZZZZZZZZ
    .•˜•.
    ˜*•. ˜*•.•*˜ .•*˜
    ˜”*°•˜”*°•.•°*”˜.•° *”˜ .•*˜
    ˜”*°•~ -Monique -~•°*”˜
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    .•˜•.

    Réponse

  14. nelhia777
    Mai 23, 2011 @ 20:27:52

    une lourde soirée il fait chaud, je me prend un peu de repos pour venir déposer
    un gentil mot d’espoir de chaleur et d’amitié
    le ciel est bleu profitons de ne pas avoir peur de dire je t’aime a notre famille a nos amis
    nous formons une grande famille et c’est le miracle de la vie
    amélie

    Réponse

  15. mich
    Mai 24, 2011 @ 06:18:54

    Joli poésie agrémenté d ‘une belle image
    C’est un plaisir de lire
    Merci pour cette découverte

    Réponse

  16. Gaël LOAËC/Paul ANDREWS (Blog 3)
    Mai 24, 2011 @ 06:57:50

    coucou oceanelle
    merci de nous faire découvrir de jolies plumes de poetes !!!!
    passe une belle journée
    plein de bises

    Réponse

  17. marchan3042
    Mai 24, 2011 @ 15:21:15

    Il est dit dans une chanson : » Amour perdu jamais plus ne reviens ! »
    Comment ai-je pu laisser dormir au fond de ma mémoire une aussi grande dame?
    Tu viens de me faire une sacré piqure de rappel !
    Un grand merci à toi Oceanelle !
    Bisous

    Réponse

  18. Drenagoram
    Mai 24, 2011 @ 19:10:55

    Si c’est un Si à s’en Déplaire ,
    Qu’un Beau Par Leurres à su Conter ,
    Charmer en Vers à Temps d’Ardeurs ,
    Souffler mon Coeur de Belles Manières ,
    J’irais en Faire tout en Douceurs ,
    Mon Âme allant par Succomber.
    NéO~
    Becs Rimes 🙂

    Réponse

  19. Peter
    Mai 29, 2011 @ 09:28:17

    Bonjour Océanelle 🙂
    Marceline Desbordes-Valmore fait partie de mes auteurs préférés, et ce poème a sans aucun doute participé à ma décision de préférer l’amitié à l’amour.
    Merci de m’avoir permis de le relire.
    Bisous.

    Réponse

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