La voix d’un Ami

Si tu n’as pas perdu cette voix grave et tendre
Qui promenait mon âme au chemin des éclairs
Ou s’écoulait limpide avec les ruisseaux clairs,
Eveille un peu ta voix que je voudrais entendre.
.
Elle manque à ma peine, elle aiderait mes jours.
Dans leurs cent mille voix je ne l’ai pas trouvée.
Pareille à l’espérance en d’autres temps rêvée,
Ta voix ouvre une vie où l’on vivra toujours !
.
Souffle vers ma maison cette flamme sonore
Qui seule a su répondre aux larmes de mes yeux.
Inutile à la terre, approche-moi des cieux.
Si l’haleine est en toi, que je l’entende encore !
.
Elle manque à ma peine ; elle aiderait mes jours.
Dans leurs cent mille voix je ne l’ai pas trouvée.
Pareille à l’espérance en d’autres temps rêvée,
Ta voix ouvre une vie où l’on vivra toujours !

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Élégies à celles qui pleurent …

Vous surtout que je plains si vous n’êtes chéries,

Vous surtout qui souffrez, je vous prends pour mes sœurs

C’est à vous qu’ elles vont, mes lentes rêveries,

Et de mes pleurs chantés les amères douceurs.

Prisonnière en ce livre une âme est contenue.

Ouvrez, lisez : comptez les jours que j’ai soufferts.

Pleureuses de ce monde où je passe inconnue,

Rêvez sur cette cendre et trempez-y vos fers.

Chantez ! Un chant de femme attendrit la souffrance.

Aimez ! Plus que l’amour la haine fait souffrir.

Donnez ! La charité relève l’espérance :

Tant que l’ on peut donner on ne veut pas mourir !

Si vous n’avez le temps d’écrire aussi vos larmes,

Laissez-les de vos yeux descendre sur ces vers.

Absoudre, c’est prier. Prier, ce sont nos armes.

Absolvez de mon sort les feuillets entr’ouverts !

Pour livrer sa pensée au vent de la parole,

S’il faut avoir perdu quelque peu sa raison,

qui donne son secret est plus tendre que folle :

Méprise-t-on l’oiseau qui répand sa chanson ?

Marceline Desbordes Valmore

Qu’en avez-vous fait ?

Vous aviez mon coeur,
Moi, j’avais le vôtre :
Un coeur pour un coeur ;
Bonheur pour bonheur !
.
Le vôtre est rendu,
Je n’en ai plus d’autre,
Le vôtre est rendu,
Le mien est perdu !
.
La feuille et la fleur
Et le fruit lui-même,
La feuille et la fleur,
L’encens, la couleur :
.
Qu’en avez-vous fait,
Mon maître suprême ?
Qu’en avez-vous fait,
De ce doux bienfait ?
.
Comme un pauvre enfant
Quitté par sa mère,
Comme un pauvre enfant
Que rien ne défend,
.
Vous me laissez là,
Dans ma vie amère ;
Vous me laissez là,
Et Dieu voit cela !
.
Savez-vous qu’un jour
L’homme est seul au monde ?
Savez-vous qu’un jour
Il revoit l’amour ?
.
Vous appellerez,
Sans qu’on vous réponde ;
Vous appellerez,
Et vous songerez !…
.
Vous viendrez rêvant
Sonner à ma porte;
Ami comme avant,
Vous viendrez rêvant.
.
Et l’on vous dira :
 » Personne !… elle est morte. « 
On vous le dira ;
Mais qui vous plaindra ?

Marceline Desbordes Valmore

Pour les inconditionnels

Très beau également,

l’interprétation de Benjamin Biolay ….

Marceline et Julien Clerc

Un jour Bertrand de Labbey l’agent de Julien,

lui fait découvrir le poème

« Les séparés ».

Julien tombe sous le charme et composera une mélodie

et l’interprétera dans l’album intitulé « Julien » qui sort en 1997.
A noter que dans la version enregistrée dans le CD « Julien »,

le texte est erroné.

Julien Clerc chante: « n’écris pas ces deux mots que je n’ose plus lire« .

Le petit livret accompagnant le CD reproduira également la même erreur.

Julien se rendit compte qu’il s’agissait bien de douceurs et non de chiffres,

et se corrigea lors de sa tournée pour chanter:

« N’écris pas ces doux mots que je n’ose plus lire « 

comme l’auteur l’avait initialement écrit.

Julien remporte avec cette chanson,

en 2003

le Prix Rolf Marbot décerné par la Sacem.

Dans l’album « Du temps pour toi »

Isabelle Boulay a chanté ce titre en duo avec Julien Clerc

N’écris pas – Je suis triste, et je voudrais m’éteindre
Les beaux été sans toi, c’est la nuit sans flambeau
J’ai refermé mes bras qui ne peuvent t’atteindre,
Et frapper à mon coeur, c’est frapper au tombeau
N’écris pas !

.

N’écris pas – N’apprenons qu’à mourir à nous-mêmes
Ne demande qu’à Dieu … qu’à toi, si je t’aimais !
Au fond de ton absence écouter que tu m’aimes,
C’est entendre le ciel sans y monter jamais
N’écris pas !

.

N’écris pas – Je te crains; j’ai peur de ma mémoire;
Elle a gardé ta voix qui m’appelle souvent
Ne montre pas l’eau vive à qui ne peut la boire
Une chère écriture est un portrait vivant
N’écris pas !

.

N’écris pas ces mots doux que je n’ose plus lire :
Il semble que ta voix les répand sur mon coeur;
Et que je les voix brûler à travers ton sourire;
Il semble qu’un baiser les empreint sur mon coeur
N’écris pas !

Marceline Desbordes-Valmore


Le rendez-vous

Il m’attend! Je ne sais quelle mélancolie

Au trouble de l’amour se mêle en cet instant;

Mon cœur s’est arrêté sous ma main affaiblie;

L’heure sonne au hameau; je l’écoute… et pourtant

Il m’attend!

.

Il m’attend! D’où vient donc que dans ma chevelure

Je ne puis enlacer les fleurs qu’il aime tant?

J’ai commencé deux fois sans finir ma parure,

Je n’ai pas regardé le miroir… et pourtant

Il m’attend!

.

Il m’attend! Le bonheur recèle-t-il des larmes?

Que faut-il inventer pour le rendre content?

Mes bouquets, mes aveux, ont-ils perdu leurs charmes?

Il est triste, il soupire, il se tait… et pourtant

Il m’attend!

.

Il m’attend! Au retour serai-je plus heureuse?

Quelle crainte s’élève en mon sein palpitant?

Ah! Dût-il me trouver moins tendre que peureuse,

Ah! Dussé-je en pleurer, viens, ma mère… et pourtant

Il m’attend!

.

Marceline Desbordes-Valmore

Confidence

Je m’aperçois que

Marceline Desbordes-Valmore

est loin de vous laisser indifférents …

Femme de lettres et actrice française (1786-1859)

Elle fut la première grande poétesse romantique

et elle introduisit en France l’usage du vers impair.

Comme  je vous comprends!

Elle est mon poète préféré

Je suis ravie de vous l’avoir fait découvrir 

Puisque vous aimez,

je vais donc dédier cette semaine à cette grande Dame de la poèsie

en éditant quelques uns de ses plus beaux textes 

J’espère que vous apprécierez!

Trop tard…

Il a parlé. Prévoyante ou légère,
Sa voix cruelle et qui m’était si chère
A dit ces mots qui m’atteignaient tout bas :
« Vous qui savez aimer, ne m’aimez pas !


« Ne m’aimez pas si vous êtes sensible,
« Jamais sur moi n’a plané le bonheur.
« Je suis bizarre et peut-être inflexible ;
« L’amour veut trop : l’amour veut tout un coeur
« Je hais ses pleurs, sa grâce ou sa colère ;
« Ses fers jamais n’entraveront mes pas. « 


Il parle ainsi, celui qui m’a su plaire…
Qu’un peu plus tôt cette voix qui m’éclaire
N’a-t-elle dit, moins flatteuse et moins bas :
« Vous qui savez aimer, ne m’aimez pas !


« Ne m’aimez pas ! l’âme demande l’âme.
« L’insecte ardent brille aussi près des fleurs :
« Il éblouit, mais il n’a point de flamme ;
« La rose a froid sous ses froides lueurs.
« Vaine étincelle échappée à la cendre,
« Mon sort qui brille égarerait vos pas. »


Il parle ainsi, lui que j’ai cru si tendre.
Ah ! pour forcer ma raison à l’entendre,
Il dit trop tard, ou bien il dit trop bas :
« Vous qui savez aimer, ne m’aimez pas. « 

Marceline DESBORDES-VALMORE   (1786-1859)

Marceline Desbordes-Valmore, née à Douai le 20 juin 1786 et morte à Paris le 23 juillet 1859, est une poétesse française. Elle fut surnommée « Notre-Dame-Des-Pleurs » en références aux nombreux drames qui jalonnèrent sa vie.

Enfance

Marceline Desbordes est la fille de Catherine Lucas et Félix Desbordes, un peintre en armoiries, devenu cabaretier à Douai après avoir été ruiné par la Révolution. Fin 1801, après un séjour à Rochefort et à Bordeaux, la jeune fille et sa mère s’embarquent pour la Guadeloupe, île appartenant à la France depuis 1635, afin de chercher une aide financière chez un cousin aisé, installé là-bas.

Carrière théâtrale

Le voyage entrepris, qui devait être un nouveau départ devient un véritable calvaire. D’une part, la traversée en bateau, qui prend plus que prévu (onze jours) affaiblit les deux femmes, d’autre part, une épidémie de fièvre jaune se déclare en Guadeloupe et emporte, en mai 1803, la mère de la jeune fille. En outre, des troubles politiques agitent l’île et la situation du cousin ne se révèle pas aussi bonne qu’on le disait : l’aide qu’il apporte est donc bien maigre.

De retour en métropole près de son père à Douai, Marceline devient comédienne dès l’âge de 16 ans. Elle joue au théâtre au théâtre à l’italienne de Douai, à Lille, Rouen (grâce à sa rencontre avec le compositeur Grétry) et à Paris. Comédienne, chanteuse et cantatrice, elle se produit notamment théâtre de l’Odéon à l’Opéra-Comique, à Paris, et au Théâtre de la Monnaie, à Bruxelles, où elle incarne en 1815 « Rosine » dans Le Barbier de Séville de Beaumarchais. Au cours de sa carrière théâtrale, elle joue souvent des rôles d’ingénue. Elle crée plusieurs pièces de Pigault-Lebrun, rencontre Talma, qu’elle admire, Marie Dorval et surtout Mademoiselle Mars, qui sera son amie jusqu’à la fin de ses jours.

Poétesse

De 1808 à 1810, elle a une liaison passionnée avec le comédien et homme de lettre Henri de Latouche. En 1816, elle perd le fils qu’elle a eu avec lui, qu’elle nomme Olivier dans ses poèmes. Elle se marie en 1817 avec un acteur, Prosper Lanchantin, dit Valmore, rencontré alors qu’elle jouait à Bruxelles. Elle en aura quatre enfants, dont un seul, Hippolyte Valmore, lui survivra (Junie, Inès décèdent en bas âge et Hyacinthe, dite Ondine, compose des poèmes et des contes avant de mourir à l’âge de 31 ans).

Marceline Desbordes-Valmore publie en 1819 son premier recueil de poèmes, Élégies et Romances, qui attire l’attention et lui ouvre les pages de différents journaux tels que le Journal des dames et des modes, l’Observateur des modes et la Muse française. En effet, son mari n’est guère aisé et elle sa popularité a perdu de son aura : c’est ainsi tout d’abord pour un intérêt financier qu’elle se met à écrire. Le couple s’installe à Lyon. Marceline Desbordes-Valmore continue à voir Henri de Latouche, et entretient avec lui une relation épistolaire soutenue. Par la suite, ses ouvrages les plus importants sont les Élégies et poésies nouvelles en 1824, les Pleurs en 1833 , Pauvres fleurs en 1839 et Bouquets et prières en 1843. En 1832, elle cesse définitivement son activité au théâtre pour se consacrer à l’écriture. Toutes ses œuvres, dont le lyrisme et la hardiesse de versification sont remarqués, lui valent une pension royale sous Louis-Philippe Ier et plusieurs distinctions académiques. Elle écrit aussi des nouvelles et compose des Contes pour enfants, en prose et en vers. En 1833, elle publie un roman autobiographique L’Atelier d’un peintre. Elle y met en évidence la difficulté d’être reconnue pleinement comme artiste pour une femme.

Fin de vie

Marceline Desbordes-Valmore décède à Paris, le 23 juillet 1859, en ayant survécu au décès de presque tous ses enfants, de son frère et de maintes amies. Elle habitait néanmoins au 27, rue de Bièvre, à Bourg-la-Reine et est inhumée dans le cimetière de la commune.

Fumée

Là-bas, sous les arbres s’abrite
Une chaumière au dos bossu ;
Le toit penche, le mur s’effrite,
Le seuil de la porte est moussu.

La fenêtre, un volet la bouche ;
Mais du taudis, comme au temps froid
La tiède haleine d’une bouche,
La respiration se voit.

Un tire-bouchon de fumée,
Tournant son mince filet bleu,
De l’âme en ce bouge enfermée
Porte des nouvelles à Dieu.

Texte de Théophile Gautier

Photos de Mark Mawson

Vive les Belges

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