Les Quatrains d’ Omar Khayyam

Gustavo Mancinelli (1842-1906), Odalisque

 

Rien ne m’intéresse plus. Lève-toi, pour me verser du vin !

Ce soir, ta bouche est la plus belle rose de l’univers…

Du vin! Qu’il soit vermeil comme tes joues,

Et que mes remords soient aussi légers que tes boucles !

Omar Khayyâm, Quatrain XVI

 


Cesare Augusto Detti (1847-1914) A musical Interlude

 

Cette buée autour de cette rose, est-ce une volute de son parfum

Ou le fragile rempart que la brume lui a laissé ?

Ta chevelure sur ton visage, est-ce encore de la nuit que ton regard va dissiper ?

Réveille-toi, bien-aimée ! Le soleil dore nos coupes.

Buvons !

Omar Khayyâm, Quatrain CXXXI

 

Adolphe Lalire, dit La Lyre, 1848-1933, Madeleine

 

Pourquoi tant de douceur, de tendresse, au début de notre amour?
Pourquoi tant de caresses, tant de délices, après?
Maintenant, ton seul plaisir est de déchirer mon cœur…
Pourquoi?

Omar Khayyâm Quatrain LXXIII

 

 

 

J’ai beaucoup appris et j’ai beaucoup oublié aussi, volontairement.

Dans ma mémoire, chaque chose était à sa place.
Par exemple, ce qui était à droite ne pouvait aller à gauche.
Je n’ai connu la paix que le jour où j’ai tout rejeté avec mépris.
J’avais enfin compris qu’il est impossible d’affirmer ou de nier.

Omar Khayyâm,  Quatrain C L

 

L’écrivain et savant persan connu en francophonie sous le nom d’Omar Khayyām ou de Khayyām  serait né le 18 mai 1048 à Nichapur en Perse (actuel Iran) où il est mort le 4 décembre 1133.

On peut aussi trouver son nom orthographié Omar Khayam comme dans les traductions d’Armand Robin (1958) ou de M. F. Farzaneh et Jean Malaplate (dans l’édition critique de Sadegh Hedayat, Corti, 1993).

La vie de Khayyam est entourée de mystère, et peu de sources sont disponibles pour nous permettre de la retracer avec précision. Les chercheurs pensent généralement qu’Omar Khayyam est né dans une famille d’artisans de Nichapur (son père était probablement fabricant de tentes). Il a passé son enfance dans la ville de Balhi, où il étudie sous la direction du cheik Mohammad Mansuri, un des chercheurs les plus célèbres de son temps. Dans sa jeunesse, Omar Khayyām étudie aussi sous la direction de l’imam Mowaffak de Nishapur, considéré comme le meilleur professeur du Khorassan.

La légende dit qu’Abou-Ali Hassan (Nizam al-Mulk) et Hassan Sabbah étudiaient alors également sous la direction de ce maître et qu’un pacte légendaire aurait été conclu entre les trois étudiants : « Celui d’entre nous qui atteindra la gloire ou la fortune devra partager à égalité avec les deux autres ». Cette alliance reste improbable lorsqu’on sait que Nizam al-Mulk était de 30 ans l’ainé d’Omar et que Hassan Sabbah devait avoir au moins 10 ans de plus que Khayyam.

Nizam al-Mulk devient cependant grand vizir de Perse et les deux autres se rendent à sa cour. Hassan Sabbah, ambitieux, demande une place au gouvernement ; il l’obtient immédiatement et s’en servira plus tard pour essayer de prendre le pouvoir à son bienfaiteur. Il devient après son échec chef des Hashishins. Khayyam, moins porté vers le pouvoir politique, ne demande pas de poste officiel, mais un endroit pour vivre, étudier la science et prier. Il reçoit alors une pension de 1 200 mithkals d’or de la part du trésor royal ; cette pension lui sera versée jusqu’à la mort de Nizam al-Mulk (tué par un assassin).

Omar Khayyâm est considéré comme « l’un des plus grands mathématiciens du Moyen âge5. » Mais ses travaux algébriques ne furent connus6 en Europe qu’au XIXe siècle .

Ses poèmes sont appelés « rubaiyat » (persan: رباعى [rabāʿi], pluriel رباعیات [rubāʿiyāt]), ce qui signifie « quatrains ». Les quatrains de Khayyam, souvent cités en Occident pour leur scepticisme, recèleraient, selon Idries Shah, des « perles mystiques », faisant de Khayyam un soufi. Il aurait prôné l’ivresse de Dieu, et se disait infidèle mais croyant. Au-delà du premier degré hédoniste, les quatrains auraient donc selon ce commentateur une dimension mystique.

Dans la pratique, si l’on s’en tient au texte, Khayyam se montre bel et bien fort critique vis-à-vis des religieux – et de la religion – de son temps. Quant au vin dont la mention revient fréquemment dans ses quatrains, le contexte où il se place constamment (agréable compagnie de jeunes femmes ou d’échansons, refus de poursuivre la recherche de cette connaissance que Khayyam a jadis tant aimée) ne lui laisse guère de latitude pour être allégorique.

Des agnostiques occidentaux voient en lui un de leurs frères né trop tôt, tandis que certains musulmans perçoivent plutôt chez lui un symbolisme ésotérique, rattaché au soufisme.

Khayyam indiquerait, comme le fera Djalâl ad-Dîn Rûmî plus tard, que l’homme sur le chemin de Dieu n’a pas besoin de lieu dédié pour vénérer son Dieu, et que la fréquentation des sanctuaires religieux n’est ni une garantie du contact avec Dieu, ni un indicateur du respect d’une discipline intérieure.

L’actuelle république islamique d’Iran ne nie pas les positions de Khayyam, mais a fait paraître au début des années 80 une liste officielle des quatrains qu’elle considérait comme authentiques (comme pour les Pensées de Pascal, leur nombre et leur numérotation diffèrent selon les compilateurs).

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