Théodore Agrippa d’Aubigné

Claude-Marie Dubufe (1790-1864), La surprise

A l’éclair violent de ta face divine,

N’étant qu’homme mortel, ta céleste beauté

Me fit goûter la mort, la mort et la ruine

Pour de nouveau venir à l’immortalité.

.

Ton feu divin brûla mon essence mortelle,

Ton céleste m’éprit et me ravit aux Cieux,

Ton âme était divine et la mienne fut telle :

Déesse, tu me mis au rang des autres dieux.

.

Ma bouche osa toucher la bouche cramoisie

Pour cueillir, sans la mort, l’immortelle beauté,

J’ai vécu de nectar, j’ai sucé l’ambroisie,

Savourant le plus doux de la divinité.

.

Aux yeux des Dieux jaloux, remplis de frénésie,

J’ai des autels fumants comme les autres dieux,

Et pour moi, Dieu secret, rougit la jalousie

Quand mon astre inconnu a déguisé les Cieux.

.

Même un Dieu contrefait, refusé de la bouche,

Venge à coups de marteaux son impuissant courroux,

Tandis que j’ai cueilli le baiser et la couche

Et le cinquième fruit du nectar le plus doux.

.

Ces humains aveuglés envieux me font guerre,

Dressant contre le ciel l’échelle, ils ont monté,

Mais de mon paradis je méprise leur terre

Et le ciel ne m’est rien au prix de ta beauté.

.

Théodore Agrippa d’Aubigné

 

 

Théodore Agrippa d’Aubigné, né le 8 février 1552 au château de Saint-Maury près de Pons, en Saintonge, et mort le 9 mai 1630 à Genève, fut un écrivain et poète baroque français protestant. Il fut aussi l’un des favoris d’Henri IV, du moins jusqu’à la conversion de celui-ci.

Agrippa d’Aubigné est élevé dans la religion calviniste, dont il fut un partisan fervent tout au long des guerres de religion qui secouèrent la fin du XVIe siècle. À l’âge de dix ans, il est placé en pension à Paris, chez Mathieu Béroald, humaniste célèbre (1562). L’année suivante, son père Jean d’Aubigné meurt à Orléans, alors assiégée par le duc de Guise (1563).

Agrippa d’Aubigné poursuit ses études à Genève, où il fut envoyé en 1565, sous la direction de Théodore de Bèze. Lorsque éclata la deuxième guerre de religion (1567-1568), c’est sans hésiter qu’il s’engagea dans l’armée protestante. Après une courte paix en 1568, les hostilités reprirent de plus belle. D’Aubigné participe aux batailles comme aux pourparlers de paix. Il est absent de Paris durant les massacres de 1572 mais il en garde une rancune tenace à la monarchie. Les Tragiques conservent la trace des visions d’horreur dont il fut le témoin.

C’est à cette époque qu’il se lie avec le jeune roi de Navarre, qui le nomma son écuyer au mois d’août 1573. Le futur Henri IV était, après la Saint-Barthélémy, étroitement surveillé à la Cour de France. On ignore si, comme lui, d’Aubigné a feint de se convertir au catholicisme. Il fit en tout cas partie des compagnons du roi de Navarre lors de son évasion, le 4 février 1576. Cette amitié entre le roi et le poète dura plusieurs années ; Henri IV le nomma ainsi maréchal de camp en 1586, puis gouverneur d’Oléron et de Maillezais, qu’Aubigné avait conquis par les armes en 1589 ; puis vice-amiral de Guyenne et de Bretagne. Mais les divergences politiques et religieuses finissent par séparer les deux hommes, qui ne se doutaient pas que leurs petits-enfants respectifs, Louis XIV et Madame de Maintenon, se marieraient en 1683.

En 1577, Aubigné est grièvement blessé à Casteljaloux. Selon la légende qu’il a lui-même forgée bien plus tard, c’est là, entre la vie et la mort, que lui seraient venues les premières « clauses » de son grand poème épique sur les guerres de religion, Les Tragiques. Suite à cette blessure, il se retire aux Landes-Guinemer, dans le Blaisois, entre Suèvres et Mer, et épouse Suzanne de Lezay en 1583. Il a un fils d’elle, Constant, père de Françoise d’Aubigné, la future marquise de Maintenon, et deux filles, Marie de Caumont d’Adde (décédée en 1625), et Louise Arthémise de Villette. Constant lui causa l’une des plus grandes déceptions de sa vie en se convertissant au catholicisme ; il le déshérita, plongeant du même coup dans la misère sa belle-fille et ses petits-enfants. Après la mort de son épouse en 1596, Aubigné eut un fils naturel avec Jacqueline Chayer, Nathan d’Aubigné.

Après l’assassinat du duc de Guise en 1588, d’Aubigné reprit part aux combats politiques et militaires de son temps. Il est alors le représentant de la tendance dure du parti protestant (« les Fermes ») et voit d’un mauvais œil les concessions faites par le chef de son parti pour accéder au trône. Comme de nombreux protestants, d’Aubigné ressent l’abjuration d’Henri IV, en 1593, comme une trahison, d’autant plus qu’il était l’un de ceux qui s’étaient le plus battus pour amener Henri au trône. Il est peu à peu écarté de la cour, dont il se retira définitivement après l’assassinat d’Henri IV en 1610.

En 1611, à l’Assemblée des églises protestantes de Saumur, D’Aubigné, élu pour le Poitou, ridiculise le parti des « Prudents » dans Le Caducée ou l’Ange de la paix.

Il semblerait que c’est à cette période qu’il se tourna vers l’écriture de ses œuvres, et en particulier des Tragiques. Mais ce n’est pour lui qu’un autre moyen de prendre les armes, en multipliant les pamphlets anti-catholiques et les attaques polémiques contre les protestants convertis. Refusant tout compromis, d’Aubigné est contraint de quitter la France en 1620, après la condamnation de son Histoire universelle depuis 1550 jusqu’en 1601 par le Parlement. D’Aubigné se retira alors à Genève, où est publié l’essentiel de ses œuvres. Il y épouse en 1623 Renée Burlamachi, petite-fille du Lucquois Francesco Burlamacchi, et meurt le 9 mai 1630.

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16 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. annieahmad
    Juin 11, 2011 @ 08:47:52

    bcp de mal à laisser des comms mais j’aime ce que tu fais rebises

    Réponse

  2. nuage1962
    Juin 11, 2011 @ 09:46:53

    C’est un poeme tres amoureux …

    Réponse

  3. marchan3042
    Juin 11, 2011 @ 12:37:06

    Un grand poëte, un grand homme à la vie  » mouvementé et tourmenté ! »
    J’adore ses écrits !
    Bisous

    Réponse

  4. Les oiseaux parlent !
    Juin 11, 2011 @ 12:57:00

    Bien plus jolie que la grippe A,
    Mais moins soulante que la grappa …
    Moins romaine qu’Agrippa (voir Google)
    Lol
    Bises
    Fr@ne

    Réponse

  5. fanfan la reveuse
    Juin 11, 2011 @ 13:37:46

    Bonjour Océanelle !
    Une petite merveille 😉
    Merci à vous !
    Bon week-end à vous, avec je vous l’espère le soleil !
    Bisous

    Réponse

  6. colettedc
    Juin 11, 2011 @ 14:00:09

    Bon et agréable week-end pour toi Océanelle … c’est merveilleux tout ce que tu publies ici … quel travail … bravo !
    Sincèrement,
    C☼lette ☺

    Réponse

  7. Rosy'n
    Juin 11, 2011 @ 21:09:21

    Tiens, hier j’ai cru que tu étais passée aux couleurs d’été, mais tu es revenue au printemps 😆
    Bises et bon week-end

    Réponse

  8. MAGALIE
    Juin 13, 2011 @ 14:58:16

    Ma douce, alors j’apprend et j’aime cet écrivain, quel homme…Ce poème est très fort…Et la peinture de ce portait de femme est superbe… J’aime beaucoup… Bisous..

    Réponse

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