Liberté…d’être soi-même (suite)

Comment conquérir cette Liberté d’être Soi-même  ?

En consentant à ressentir nos émotions

Ressentir nos émotions signifie les accueillir,

bien sûr,

mais ça exige plus que cela.

Nous devons les ressentir complètement et les laisser

être présentes durant tout le processus qui constitue leur « vie ».

L’émotion traverse plusieurs étapes .

Il ne faut pas lui opposer des obstacles,

il faut  laisser l’émotion nous informer sur ce qui nous atteint,

nous manque et nous importe.

Comprendre mieux ce qui nous arrive et

pouvoir davantage tenir compte de nos besoins.

Consentir au besoin

Comme l’émotion, le besoin s’impose à nous.

Notre pouvoir sur son existence se limite à le combler

ou à refuser de le combler.

Le premier choix le fera disparaître au moins temporairement.

Certains besoins sont en effet récurrents.

La faim est l’exemple parfait d’un besoin qui revient régulièrement.

Il en est de même de l’affection,

du désir sexuel et de plusieurs besoins affectifs.

Si nous choisissons de ne pas combler notre besoin,

il subsistera tout simplement et prendra forcément de l’ampleur.

C’est parfois à notre insu qu’il grandira.

Alors, le manque donnera naissance

à toutes sortes de symptômes qu’après un certain temps

nous ne pourrons plus relier au besoin.

Ensuite, c’est la descente aux enfers qu’entraîne le refus des besoins.

Pour utiliser une fois encore l’analogie avec le plan physique,

ce n’est pas parce que nous ignorons  notre  faim qu’elle disparaît.

Le signal habituel par lequel elle nous est indiquée

pourra s’estomper,

nous laissant sous l’impression que nous n’avons  plus faim.

Mais il sera remplacé par d’autres signaux:

faiblesse, mal de tête…

Si nous cessons de nous alimenter sous prétexte

que nous ne ressentons pas la faim,

c’est sur notre santé elle-même que nous constaterons des répercussions.

Le combat « contre » un besoin est une lutte

parfaitement stérile car l’existence du besoin n’est pas soumise à la volonté.

À cet égard,

les besoins psychiques fonctionnent sur le même modèle

que les besoins physiques:

on ne le choisit pas.

Cependant,

alors que les besoins physiques trouvent la plupart du temps une réponse automatique,

la réponse aux besoins psychiques est soumise à notre libre-arbitre.

Voilà pourquoi nos besoins affectifs sont souvent malmenés!

Nous exprimer  » réellement « 

Pour nous assumer,

il est nécessaire que nous nous exprimions 

lorsque l’enjeu a de l’importance pour nous.

Il y a plusieurs modes d’expression:

les gestes, les paroles, les actions, les choix.

On peut s’exprimer par son attitude,

son habillement, en faisant une demande, en répondant à une demande…

s’exprimer en fait, c’est se montrer.

Pour contribuer à la conquête de notre liberté,

la qualité de notre expression est capitale:

il faut extérioriser ce qui est réellement important

et ‘oser s’impliquer en le faisant.

Une telle expression génère en effet des émotions;

nous devons être « en contact » avec nous et

nous laisser vivre les émotions qu’elle déclenche.

Et comme pour nous assumer

il est nécessaire d’être nous devant les autres,

il est indispensable aussi que nous demeurions sensible aux émotions

et réactions des personnes face auxquelles nous  nous exposons.

Bien des gens ne sont pas habitués à cette manière de s’exprimer

« directement ».

Mais il est possible de devenir habile à le faire si on pratique un peu.

Prendre en charge la satisfaction de nos besoins

Prendre en charge la satisfaction de nos besoins

ce n’est pas les combler nous-même

mais plutôt de prendre l’initiative de faire ce qu’il faut pour les combler.

Parfois nous pourrions y répondre nous-même,

mais d’autre fois

il nous faudra alors faire des demandes,

exposer nos besoins, négocier et même

les défendre pour qu’il soit possible de les satisfaire.

Pour plusieurs d’entre nous,

il est difficilement acceptable de porter l’entière responsabilité de nos besoins.

Certains refusent parce qu’ils voient dans l’initiative des autres à leur égard,

une preuve de considération ou d’amour.

(« N’est-ce pas une grande preuve d’amour d’être deviné », pensent-ils.)

D’autres s’y objectent parce que faire connaître leurs besoins,

dire ce qui leur importe,

c’est trop se dévoiler et surtout,

c’est informer l’importance qu’ils lui accordent.

(« Je ne vais quand même pas lui dire que

j’aimerais voir plus directement son appréciation;

il va penser que je le prends pour mon père ! »)

En prenant nos besoins en charge, en effet,

non seulement nous exposons ce que nous sommes,

mais en plus nous avouons à d’autres

l’importance qu’ils ont dans notre vie!

Il y a là un risque:

celui de n’avoir pas la même importance pour l’autre

ou que le besoin de l’autre ne coïncide pas avec le notre.

Il se peut que nous vivions cette différence comme un rejet,

que nous soyons dévalorisé ou que cela blesse notre orgueil.

Si nous considérons comme dramatique

l’un ou l’autre de ces scénarios,

il est évident que nous nous astreindrons.

Nous choisirons alors de renier notre besoin ou

d’attendre que l’autre le prenne en charge.

Si au contraire nous sommes prêts à risquer de faire face à un refus,

nous aurons fait un pas de plus

vers le respect de ce qui nous importe.

Même insatisfaite, nous sortirons alors plus libre, grandie.

Voilà à quoi se résume essentiellement le chemin qui mène à la liberté.

Le parcours peut s’avérer relativement facile

lorsqu’on transige avec certaines personnes

et très difficile avec d’autres.

Le risque d’être nous-même

est particulièrement grand avec les personnes qui ont le plus d’importance à nos yeux.

Pour conquérir notre liberté avec ces personnes

il faut prendre d’autres réalités en considération.

La fausse liberté

Il n’est pas possible d’aborder la question de la recherche de liberté

sans parler de ce qu’on considère parfois comme des solutions

pour obtenir le même genre de sérénité.

Il y a quelques écueils qui ne sont pas toujours visibles à première vue,

pour permettre à ceux qui le désirent, de faire des choix plus éclairés.

L’acceptation inconditionnelle

Il existe des mouvements de croissance personnelle

qui offrent l’acceptation et l’amour inconditionnels.

Dans ces groupes, les gens sont assurés d’être acceptés et aimés

pour ce qu’ils sont,

avant même d’être connus;

il n’y a aucun risque d’être critiqué ou rejeté si on se montre « authentique ».

L’acceptation inconditionnelle est une attitude préconisée 

pour faciliter , une ouverture à sa vie intérieure et,

à la longue,

une plus grande acceptation de son expérience.

L’acceptation inconditionnelle est une attitude « thérapeutique »

et ne peut se pratiquer qu’en situation thérapeutique

parce qu’elle exige qu’on soit complètement « centrée » sur la personne.

Cette attitude n’est pas ni naturelle ni saine

dans une relation inter-personnelle ordinaire.

Même la mère la plus aimante ne peut tenir cette position

continuellement avec son enfant.

À certains moments,

ce que vit ou fait son enfant la bouleverse et elle réagit.

Elle ne pourra,

par exemple

accepter inconditionnellement que son bébé la repousse,

que son adolescent se comporte comme s’il la méprisait.

Préconiser un mode de relation basé sur l’acceptation inconditionnelle,

c’est oublier que celle-ci n’est possible que dans la mesure

où ce que vit ou fait l’autre n’a pas réellement d’effet sur notre existence.

C’est donc encourager les personnes à renier

parfois ce qu’elles vivent ou à le fausser artificiellement.

En plus,

cela laisse faussement croire à ceux qui n’y arrivent pas

qu’ils sont inadéquats.

Enfin,

on peut comprendre

qu’à cause de l’absence de risque qu’elle implique,

l’acceptation inconditionnelle ne peut, en elle-même,

conduire à la liberté intérieure,

même si elle est très utile pour apprendre à tenir compte de ce que l’on vit.

L’expérience d’être accepté inconditionnellement

peut cependant inciter à accueillir davantage son expérience

L’absence de risque

Il est tellement difficile d’oser être à la hauteur de ce que l’on vit

et de l’exprimer ouvertement

qu’on cherche souvent à minimiser les risques.

Par exemple,

on prend la précaution de prévenir son interlocuteur

de ce qu’il pourrait vivre en nous entendant,

on s’excuse d’avance de l’impact que nos gestes

ou nos propos auront sur lui, etc…

L’action qui permet de se posséder

c’est celle où justement on s’assume devant une adversité potentielle.

Il n’est pas nécessaire que l’adversité se manifeste,

il est seulement indispensable qu’elle existe réellement dans notre esprit,

que le risque de ne pas être accepté soit subjectivement présent.

On peut comprendre pourquoi la culture de certains groupes de  croissance

et de support ne conduit pas à s’assumer réellement comme personne.

On peut comprendre également,

la tentation,

pour éviter l’insécurité,

de rechercher les groupes qui promettent cette protection.

L’autarcie

Une autre optique fort à la mode consiste à choisir de s’auto-suffire.

À l’encontre même de l’interdépendance

qui caractérise les êtres vivants dans toute la nature,

on choisit de se donner soi- même

ce qu’on pourrait chercher à obtenir des autres.

Cette façon de voir repose en partie

sur une conception de la responsabilité qu’on pourrait illustrer ainsi:

‘il s’agit de mes besoins, c’est donc à moi d’y répondre ».

C’est ainsi qu’on recommande de « s’aimer soi-même »,

« d’être sa propre mère »,

« de se confirmer soi-même »,

« de s’encourager soi-même ».

Cette tentative maladroite d’indépendance

est un choix que plusieurs font après plusieurs tentatives infructueuses

dans les relations inter-personnelles.

D’autres fois,

c’est une peur excessive de la dépendance

qui entraîne la personne dans cette direction.

Une telle option n’est pas prometteuse de satisfaction

car il est impossible de se suffire affectivement.

Les échanges affectifs sont en effet

une nourriture psychique nécessaire durant toute notre vie.

Au bout du compte,

cette méthode permet de moins se buter sur des noeuds relationnels,

mais c’est au prix d’une solitude qui en découle nécessairement

et des manques affectifs qui s’ensuivent.

Et comme cette stratégie s’appuie sur un retrait

et un évitement du contact avec les autres,

elle ne permet pas non plus d’augmenter le sentiment

d’être une personne libre,

capable de se vivre pleinement en relation avec les autres.

C’est donc sur une fausse piste que nous conduit cet objectif.

Ce n’est pas parce que je suis responsable de mon besoin

que je peux remplacer adéquatement le support affectueux d’une mère

en me supportant « affectueusement » moi-même.

Se laver le cerveau et passer outre les difficultés

L’auto-persuasion

est une tactique qui prend de plus en plus d’ampleur.

Elle vise à passer outre aux difficultés réelles

vécues par rapport à soi-même et par rapport aux autres.

Dans cette optique,

on tente de se débarrasser de ce que l’on vit

en se convainquant que cela n’a pas de raison logique d’exister.

Cette approche logique réussit parfois à convaincre intellectuellement,

mais on pourrait dire que « le coeur ne suit pas »

et qu’il faut accepter d’ignorer son vécu profond

pour obéir aux directives qu’on se donne..

C’est comme si on avançait « déconnecté de soi-même ».

À cause de cela,

le chemin parcouru dans cette optique,

c’est-à-dire, sans tenir compte de notre vécu complet,

ne mène pas à une plus grande possession de soi,

mais au sentiment inverse:

on se sent dépossédé.

(Certains diront « Je suis perdu »,

« Je ne sais plus ce que je veux exactement »,

« Je ne sais plus qui je suis au fond ».)

La liberté intérieure n’est pas plus grande,

au contraire,

on a l’impression que c’est seulement en se persuadant

et en s’encadrant d’un contrôle perpétuel

qu’on peut réussir à fonctionner.

On se retrouve donc,

en quelque sorte,

dans une prison différente dont on est soi-même le gardien,

mais sans plus de liberté.

Conclusion

Frederick Perls, le père de la Gestalt,

disait qu’il faut d’abord être ce que l’on est si on veut changer.

À première vue cela ressemble à une tautologie,

mais en fait ça n’a rien d’évident.

On pourrait dire que pour devenir intérieurement libre,

il est nécessaire d’être en contact avec soi

et de se donner la liberté d’être soi.

Cela signifie d’abord de s’autoriser à être atteint par les choses

et les personnes comme on l’est,

donc d’avoir les émotions et les besoins que l’on a réellement.

Cela signifie ensuite de se vivre ouvertement tel que l’on est,

car la liberté d’être est illusoire

si elle s’applique seulement en catimini.

En d’autres termes ,

« j’existe, donc j’ai le droit d’exister »,

« je ressens, donc j’ai le droit de ressentir »,

« j’ai tel besoin, donc j’ai le droit de l’avoir »

car en fait,

je suis la seule qui puisse m’octroyer ces droits

et décider d’exister.

Si j’ai besoin des autres

dans cette démarche d’affirmation libératrice,

c’est surtout à titre de témoins

auxquels j’accorde une valeur ou un pouvoir.

M.Lariney

 

Voilà !

J’ai peut-être été un peu longue penseront certains,

mais,

quand on est passionnée de psychologie …

on ne tarit pas! 

Il faut dire que les sujets sont toujours très vastes

On pourrait en parler et développer

pendant des jours …

 

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