Reprenons notre culture littéraire …

La ressemblance

*

Sur tes riches tapis, sur ton divan qui laisse
Au milieu des parfums respirer la mollesse,
En ce voluptueux séjour,
Où loin de tous les yeux, loin des bruits de la terre,
Les voiles enlacés semblent, pour un mystère,
Eteindre les rayons du jour,
*
Ne t’enorgueillis pas, courtisane rieuse,
Si, pour toutes tes soeurs ma bouche sérieuse
Te sourit aussi doucement,
Si, pour toi seule ici, moins glacée et moins lente,
Ma main sur ton sein nu s’égare, si brûlante
Qu’on me prendrait pour un amant.
*
Ce n’est point que mon coeur soumis à ton empire,
Au charme décevant que ton regard inspire
Incapable de résister,
A cet appât trompeur se soit laissé surprendre
Et ressente un amour que tu ne peux comprendre,
Mon pauvre enfant ! ni mériter.
*
Non : ces rires, ces pleurs, ces baisers, ces morsures,
Ce cou, ces bras meurtris d’amoureuses blessures,
Ces transports, cet oeil enflammé ;
Ce n’est point un aveu, ce n’est point un hommage
Au moins : c’est que tes traits me rappellent l’image
D’une autre femme que j’aimai.
*
Elle avait ton parler, elle avait ton sourire,
Cet air doux et rêveur qui ne peut se décrire.
Et semble implorer un soutien ;
Et de l’illusion comprends-tu la puissance ?
On dirait que son oeil, tout voilé d’innocence,
Lançait des feux comme le tien.
*
Allons : regarde-moi de ce regard si tendre,
Parle-moi, touche-moi, qu’il me semble l’entendre
Et la sentir à mes côtés.
Prolonge mon erreur : que cette voix touchante
Me rende des accents si connus et me chante
Tous les airs q’elle m’a chantés !
*
Hâtons-nous, hâtons-nous ! Insensé qui d’un songe
Quand le jour a chassé le rapide mensonge,
Espère encor le ressaisir !
Qu’à mes baisers de feu ta bouche s’abandonne,
Viens, que chacun de nous trompe l’autre et lui donne
Toi le bonheur, moi le plaisir !

*
Félix Arvers
(1806-1850)

Félix Arvers est un poète français né le 23 juillet 1806 à Paris, et décédé le 7 novembre 1850. Fils de Pierre-Guillaume-Thérèse Arvers, marchand de vin à Cézy décédé en 1823, et de Jeanne Vérien, il fut baptisé en la paroisse de Saint-Louis-en-l’Ile.

En 1821, Félix Arvers rentre à l’Institution Massin, l’ancien couvent des Minimes près de la place Royale à Paris. Il fut l’un des élèves les plus distingués de l’établissement. C’est ainsi qu’au concours général de 1824, il remporta, comme vétéran de rhétorique, le prix d’honneur de discours latin et le premier prix de discours français.

Malgré ses succès universitaires, au lieu d’entrer à l’Ecole Normale, dont les portes se seraient ouvertes toutes grandes devant lui, Félix Arvers commença son droit pour s’arrêter après son premier examen de licence.

Il se sentait alors irrésistiblement entraîné vers la poésie ; l’une des premières pièces de Mes Heures perdues, à M. Victor Hugo, remonte au mois de janvier 1828 ; il écrivait la Saint Barthélémy, du même recueil, en juillet 1829, destinée à un volume qui n’a jamais paru, est datée de janvier 1830. A cette dernière date, cédant au désir de sa mère, il entra en qualité de sixième clerc chez Maître Guyet-Desfontaines, alors l’un des premiers notaires de Paris.

Guyet-Desfontaines était le gendre du littérateur et membre de l’Institut Amaury Du val, neveu par alliance de l’académicien Alexandre Duval, beau-frère enfin du peintre Amaury Duval, le patron d’Arvers vivait dans un milieu qui répondait exactement aux aspirations poétiques et à l’esprit délicat et rêveur de son jeune clerc.

Félix Arvers avait donc rencontré le patron qu’il lui fallait. Il venait justement d’être inscrit comme troisième clerc, lorsqu’en 1833 il publia son volume des Heures perdues, un bel in-octavo, imprimé chez Crapelet, avec une vignette sur le titre, représentant un papillon sur une branche dans une feuillée.

Félix Arvers et Alfred de Musset se cotoyèrent sans vraiment se lier d’amitié ; ils avaient des amis communs, dont Paul Foucher, Guttinguer et Alfred Tattet pour ne citer qu’eux. Alfred de Musset n’appréciez guère les personnes décrites comme lui ressemblant, son soi-disant sosie, et écrivit, à l’un de ses amis faisant souvent l’éloge de Félix Arvers, ce quatrain :

C’est moi l’étoffe,
O philosophe,
Et ton Arvers,
N’est que l’envers.

*
Félix Arvers est mort, le 7 novembre 1850,

atteint de rhumatismes remontés au coeur.

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30 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. mariejeanne1950
    Oct 25, 2011 @ 10:40:19

    très bel écrit , un poète que je ne connaissais pas ! je le découvre en lisant ton billet et sa biographie est très intéressante , merci mon amie bonne journée , gros bisous ,merci de ton passage !

    Réponse

  2. mich
    Oct 25, 2011 @ 10:42:15

    Océanelle
    Tu nous donne à lire des textes intéressants
    merci pour ce superbe partage

    Réponse

  3. marchan3042
    Oct 25, 2011 @ 13:50:28

    Je ne peux partager ce que je n’ai pas, mais te lire suffit et suffiras toujours à mon bonheur !
    Bisous

    Réponse

    • Oceanelle
      Oct 25, 2011 @ 17:10:06

      C’est trop d’honneur ! mdrrr…. mais c’est un plaisir de faire découvrir ces talents qui dorment et dont bien peu connaissent la belle écriture . Bisous

      Réponse

  4. marchan3042
    Oct 25, 2011 @ 13:57:43

    « SUFFIRA » OUPS !!!

    Réponse

  5. fanfanvaconsin
    Oct 25, 2011 @ 15:36:00

    Bonsoir Océanelle,
    Que voilà une belle lecture, je ne connaissais pas non plus ce poète. Merci à vous de nous transmettre votre culture 😉
    Petite douceur pour l’accompagner….

    Bonne soirée et douce nuit à vous
    Bisous

    Réponse

  6. MAGALIE
    Oct 25, 2011 @ 17:23:17

    Ma douce, superbe poème avec ces tournures d’antan que j’adore et la biographie de cette écrivain est interressante mais il est mort jeune..
    Géniale c’est reparti pour plein de découvertes que tu vas nous offrir…
    Bisous ma douce et super soirée, je viens au jardin……

    Réponse

  7. douceurchezjolicoeur
    Oct 25, 2011 @ 17:42:40

    ♫ Il est l’heure pour moi
    ♫ De venir doucement
    ♫ Avec mes notes de musique
    ♫ Pour te souhaiter
    ♫ Une très bonne soirée
    ♫ Ainsi qu’une douce nuit
    ♫ Gros bisous Océanelle
    •˜•.
    ˜*•. ˜*•.•*˜ .•*˜
    ˜*•. ˜”*°•.˜”*°•.•°*”˜.•° *”˜ .•*˜
    *˜”*°•Monique•°*”˜.•°*
    .•*˜ .•°*”˜.•°*”˜”*°•.˜”* °•. ˜*•.
    .•*˜ .•*˜*•. ˜*•.
    .•

    Réponse

  8. floray2
    Oct 25, 2011 @ 18:20:01

    WoW, tout un poème.
    Je ne connaissais pas cet auteur.
    Je fais sa connaissance avec toi aujourd’hui… 😉

    Réponse

  9. Gaël LOAËC/Paul ANDREWS (Blog 3)
    Oct 26, 2011 @ 02:23:49

    question littéraire, je suis assez ignard dans le sujet alors océanelle merci de nous parfaire un peu de tout cela, plein de bises vers toi dans cette nuit

    Réponse

  10. PhotosNatures
    Oct 26, 2011 @ 03:27:36

    Un très bel écrit

    Réponse

  11. patriciaj73
    Oct 26, 2011 @ 21:24:35

    Coucou ma chère Océanelle, oui bien sûr que tu peux poster mes créas sur ton fofo avec un lien. Bisoussss et douce nuit !

    Réponse

  12. pivoine04
    Oct 27, 2011 @ 02:35:54

    Je ne connaissais pas non plus, merci Océanelle. J’en apprends tous les jours.
    Merci pour ce partage. Bisous et bonne journée

    Réponse

  13. claudielapicarde
    Oct 27, 2011 @ 09:01:54

    Il est mort jeune, dommage il n’a pas eu le temps d’exprimer tout son talent.
    Sa maladie s’appelait un RAA, un rhumatisme articulaire aigu, j’en ai fait un à 16 ans et j’ai des séquelles, la pénicciline aurait déjà été inventée il s’en serait sorit.
    bisous

    Réponse

  14. Elodie Belllule
    Oct 27, 2011 @ 17:18:52

    Une bien belle découverte !!! J’apprends… bisous

    Réponse

  15. écureuil bleu
    Oct 28, 2011 @ 19:47:00

    Merci de nous faire découvrir ce peoète dont je n’avais jamais entendu parler. Bisous et bon week-end !

    Réponse

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