Printemps…

Voici la saison fraîche et rose
Où, se levant dans un ciel pur,
Le soleil jeune et blond arrose
Les pâleurs moites de l’azur.
.
L’Hiver, accroupi dans la pose
D’un vieux mendiant contre un mur,
Grelotte à l’Occident morose
Que remplit un brouillard obscur,
.
Mais, se déroulant comme une onde,
Une large lumière inonde
L’Orient vague et radieux.

.
Que les rimeurs de pastorales
Alternent en stances égales
Les gloires des fleurs et des cieux ;
.
Moi, je chante un hymne candide
A l’amour dont l’aurore humide
Se lève et grandit dans tes yeux.

 .

Louis Xavier de Ricard

 

Louis-Xavier de Ricard, né le 25 janvier 1843 à Fontenay-sous-Bois, est le fils du général et marquis Joseph, Honoré, Louis Armand de Ricard, qui a successivement servi Napoléon 1er, puis les Bourbons et, pour finir, premier aide de camp du roi Jérôme en 1852.

Le jeune Louis-Xavier montre des dispositions pour la littérature. A 19 ans, il débute par un recueil de vers, « Les chants de l’aube« , paru chez Poulet-Massis, en 1862.
En mars 1863, grâce à l’héritage d’une tante, il fonde « La revue du progrès« . Parmi les collaborateurs, on remarque Charles Longuet et le jeune Verlaine. La revue n’eut qu’une année d’existence ; son athéisme affiché lui valut, de la part de Mgr Dupanloup, un procès pour outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs. Bien que défendu par un jeune avocat plein de talent, Léon Gambetta, Louis-Xavier de Ricard fut condamné à huit mois de prison (bientôt réduits à trois) à Sainte-Pélagie, et à une amende de 1200 F.
A la suite de sa condamnation, les amis de Louis-Xavier
lui manifestèrent un actif soutien, et ce petit groupe fut à l’origine du salon politico-littéraire qui se réunira chaque vendredi chez la mère du poète, au 10 Bd des Batignolles.
La marquise de Ricard était très fière de recevoir cette jeunesse républicaine et anticléricale, un peu bruyante mais qui renfermait tant de futures célébrités : Anatole France, Sully Prudhomme, Villiers de l’Ile-Adam, Verlaine, F. Coppée, et les représentants du monde des écoles, tels que Raoul Rigault, futur procureur de la Commune de Paris en 1871. 

En mars 1866, Ricard et Catulle Mendès obtiennent de l’éditeur Lemerre, la publication de la revue « Le Parnasse contemporain« . 
Les collaborateurs principaux en sont : Gautier, Banville, Hérédia, Leconte de Lisle, Mallarmé, Villier del’Isle-Adam, Anatole France, Rollinat, Coppée, Sully-Prudhomme, Charles Cros, etc…
Toujours chez Lemerre, en février 1867, paraît « La Gazette rimée« , autre revue parnassienne, sous la direction de Robert Luzarche.
Sous la signature de Louis-Xavier de Ricard, un poème « A un chroniqueur qui se compromet » : 


« …O Liberté ! J’ai vu ton cadavre sanglant.
Couché sur les pavés, dans la boue et l’injure
Ton sein gauche portait une telle blessure
Que l’on voyait au fond ton cœur entr’ouvert /…/ »
(La Gazette rimée n°2 – 20 mars 1867)

L’APPEL 


/…/ « Debout, voici le jour propice,
Le jour terrible et souhaité !
Donc, levez-vous pour la Justice,
Levez-vous pour la Liberté ! /…/ »
(La Gazette rimée n°5 – 20 juin 1867)

La mort du général de Ricard entraîne la disparition du salon de la marquise de Ricard. Le groupe des Parnassiens se retrouvera, dans l’hiver 1868, chez Nina de Callias, femme de lettres.
Louis-Xavier de Ricard poursuit son activité journalistique ; le 7 juillet 1870, il fonde « Le Patriote français« . Les trois premiers numéros de ce journal lui attirent les foudres de la justice impériale, et, pour se soustraire à ses atteintes, il doit se réfugier quelque temps en Suisse.
Après le 4 septembre, il revient à Paris. Pendant le premier siège, il est incorporé au 69ème bataillon de la Garde Nationale, commandé par Blanqui, puis il s’engage dans le 14ème bataillon des Mobiles de la Seine.
Il se range évidemment parmi les partisans enthousiastes de la Commune. Il est nommé sous-délégué du Jardin des Plantes.

Il collabore au Journal officiel de la Commune. Le 7 avril 1871, son article intitulé « Une révolution populaire«  est un vibrant hommage à l’avènement de la classe ouvrière, qui n’a jamais paru directement aux affaires publiques, qui n’a
jamais eu l’occasion ou la volonté d’imprimer aux choses l’image de son idée personnelle. 


Très compromis par ses relations avec des personnalités de la Révolution du 18 mars, Louis-Xavier de Ricard, après la défaite, se réfugie de nouveau en Suisse. N’ayant pas fait l’objet d’une inculpation précise, il revient en France et collabore à un hebdomadaire littéraire : « La Renaissance ».

 

Paul Verlaine a beaucoup de sympathie pour Louis-Xavier de Ricard, « l’excellent poète languedocien« . Il lui dédie son grand poème  Les Vaincus. Ce poème de 1867 à la mémoire des vaincus de 1848 fut complété à Londres en 1872, par de nouvelles strophes consacrées aux communards.

En 1873, Ricard s’installe près de Montpellier. Il développe ses connaissances dans l’histoire des Albigeois. Il écrit dans les feuilles locales républicaines et se passionne pour le félibrige, mais il est totalement opposé à l’orientation réactionnaire donnée par Mistral au mouvement. Il s’en sépare et justifie son appellation de « félibre rouge«  (lo felibre roge).
Il se marie avec une amie d’enfance, une jeune écossaise, Lydie Wilson, charmante poétesse qui versifie parfaitement en occitan.

Socialiste de la tendance du montpelliérain Paul Brousse, il se présente aux élections municipales en janvier 1881. Il obtint plus de 2000 voix, mais ne fut pas élu. Il récidive aux élections législatives, la même année, obtenant cette fois 5492 voix, contre 8121 au républicain modéré, et 3692 au légitimiste.
Lydie, sa femme, est décédée en 1880. Elle laisse un recueil de poèmes en français et en languedocien.

Après le grand chagrin que lui cause le décès de son épouse, Louis-Xavier de Ricard s’expatrie en Amérique du sud ; il devient rédacteur en chef de « L’Union française«  de Buenos Aires. Il dirige ensuite plusieurs journaux : « Le Rio Paraguay », le « Sud américain » Sans avoir fait fortune il revient à Montpellier en 1885. Il fonde « Le Languedoc », journal socialiste. Dans « le Parti Socialiste » (n°6 du 2 août 1891) il fait une excellente interview d’Edouard Vaillant.
En 1897, Ricard se fixe à Paris où il poursuit sa carrière de journaliste.

Épuisé, vieilli, « l’infatigable et laborieux publiciste a végété dans la pénombre de journaux et de librairies sans clientèle ». Il obtint enfin une place de conservateur au château d’Azay-le-Rideau.

En 1906, sa santé l’oblige à regagner le midi, et il y meurt, en 1911.


La fin de sa vie fut gâchée par des besognes littéraires obscures et mal payées, et pourtant, au début de sa carrière, toutes les voies lui étaient offertes : « il cumulait tous les genres, son désir embrassait tout le cosmos de l’intellect » (Ed. Lepelletier ).
Sa production livresque fut considérable, mais de valeur inégale. Cependant, tout n’est pas négligeable dans ses œuvres poétiques, romanesques et politiques. Certains de ses marivaudages ne manquent pas d’esprit, et ses essais sociopolitiques ne sont pas sans intérêt.
Sa morale hédoniste peut se résumer en une phrase : « Il n’y a qu’un pêché, mortel pour les peuples comme pour les individus, c’est le péché contre la beauté ».
Ce vieux Communard voulait que l’Art devienne pour tous la religion de la joie et du bonheur.
Malgré les ans et les revers, il avait conservé une foi révolutionnaire aussi intense qu’à l’époque de la Révolution du 18 mars. 

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18 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. Dany de tara
    Déc 02, 2011 @ 18:08:57

    juste un bonsoir et bisous pour te souhaiter une douce soirée
    un beau billet
    j aime découvrir des auteurs inconnus pour moi
    le poème est sublime
    passons l’hiver pour penser au printemps
    ici soleil encore en cette belle journée
    amitié
    dany

    Réponse

  2. ♥♥♥Niki♥Aud♥♥♥
    Déc 02, 2011 @ 23:21:50

    Merci Oceanelle pour ta gentille visite chez moi!!
    j’aime beaucoup ce poème! que tu nous offres de
    Louis-Xavier de RICARD
    Comme j’aime aussi « La garrigue »
    ***********
    Puisse ma libre vie être comme la lande
    Où sous l’ampleur du ciel ardent d’un soleil roux,
    Les fourrés de kermès et les buissons de houx
    Croissent en des senteurs de thym et de lavande.

    et
     » Les papillons »
    ***********
    Quelques feuilles, guirlande verte,
    Environnent de leur émail
    Cette jeune rose entrouverte,
    Petite coupe de corail.

    Ses pétales aux teintes blondes,
    Dont la nacre rose pâlit,
    Se frisent et semblent les ondes
    Du frais parfum qui la remplit.

    Vois-tu, soulevant de son aile
    Un nuage de tourbillons,
    Voler et tourner autour d’elle
    L’essaim naïf des papillons.

    Ainsi, pour savourer l’ivresse
    Du baume de la volupté,
    Mes désirs voltigent sans cesse
    – Sans cesse, autour de ta Beauté.

    Quel romantisme!!
    Toutes mes amités et gros bisous de Niki

    Réponse

  3. pivoine04
    Déc 03, 2011 @ 06:17:08

    Merci pour ce beau poème, j’ai découvert Louis Xavier de Ricard. Toujours intéressants et instructifs tes billets. Bisous

    Réponse

  4. douceurchezjolicoeur
    Déc 03, 2011 @ 10:18:18

    ╠♥╣╠♥╣╠♥╣╠♥╣╠♥╣╠♥╣╠♥╣╠♥╣╠♥╣╠♥╣
    …………………. ,.–.,
    ………………… ,”..o../_♥ ♪.♫ ♪. Une petite visite

    …………….. _,-”….., (- pour te siffler un petit coucou

    ………… _,-”……..,;;..) et te souhaiter une bonne journée
    ….. _,-=”._,”……,,;..’)*
    .,-”`_,-”“.-,,,,…;;;..)* gros bisous Océanelle
    .`”‘`…………` `;;**;; *s
    ……..╬==╬===♥╬╬♪===╬~~~~~
    ˜*•. ˜*•.•*˜ .•*˜
    ˜*•. ˜”*°•.˜”*°•.•°*”˜.•° *”˜ .•*˜
    *˜”*°•Monique•°*”˜.•°*
    .•*˜ .•°*”˜.•°*”˜”*°•.˜”* °•. ˜*•.
    .•*˜ .•*˜*•. ˜*•.

    Réponse

  5. Gaël LOAËC/Paul ANDREWS (Blog 3)
    Déc 03, 2011 @ 14:54:42

    coucou oceanelle,
    on découvre, on découvre
    tes poètes coup de coeur
    et tu nous donnes l’envie
    d’en connaitre un peu plus
    de leurs rafines poésies…
    bisous

    Réponse

  6. Madeleine Lafrance
    Déc 04, 2011 @ 02:55:01

    Vraiment très intéressant, cet article…J’aime connaître de nouveaux auteurs…
    Merci Oceanelle…J’aime la fin quand il dit que tous ont droit à la Beauté …
    Un artiste courageux, au long de sa vie mouvementée…!

    Encore une fois…Bravo pour toutes ces recherches…
    Tendresse
    Manouchka

    Réponse

  7. mich
    Déc 04, 2011 @ 08:56:34

    Merci Oceanelle pour ce beau poème

    Réponse

  8. fanfanvaconsin
    Déc 04, 2011 @ 18:52:44

    Encore une belle découverte pour moi Océanelle, je dirais le plus simplement du monde « c’est beau ». Une vie loin d’être tranquille, mais certainement enrichissante car c’était sa pensée et son choix qu’il a défendu.
    J’ai moi-même une vraie passion pour Verlaine, celui-ci m’a touché de suite, j’ai dévoré ses poésies 😉
    Merci à vous pour ce billet comme à votre habitude si complet 🙂

    Réponse

  9. MAGALIE
    Déc 05, 2011 @ 19:18:12

    Ma douce je ne connaissais pas mais là je découvre un poète que je ne connaissais pas, quelle vie….Et un sacré caractère…
    Son poème sur le printemps est magnifique.
    Un superbe partage…
    Bisous

    Réponse

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