Indiscrétion …

Sur ma toile,

  « INDISCRETION »

un de mes Gribouilleurs que vous connaissez tous …

Gaël

a écrit ce très joli poème …

je le partage aujourd’hui avec vous …

La Lectrice.

 

Elle tient un livre entre ses mains
La lectrice aux petits seins
Assise sur le bord de son lit
Elle me regarde de sa pulpeuse,
De sa bouche et de ses yeux
Qui ouvertement me sourit.

 

Sa crinière de cendre qui descend
Le long du corps, dans le bas de ses reins
Ma chair, pour elle, de partout en tremble
De la voir se nourrir, de consumer sa faim
Par une lecture érotique qui dans le fond
De beaucoup, la ressemble.

 

Elle tient un livre entre ses mains
La lectrice aux petits seins
De son langoureux regard,
J’en apprends d’elle, de ses gestes aériens
Que les draps ne demandent
Qu’à être vivement froissé.

 

Son corps svelte se laisse aller au désir
Des centaines de lignes bues verticalement
Pour en finir dans de la soie drapée
En position d’allongement
Pour un grand moment d’intimité
Et de simplicité, à deux.

 

Elle tenait un livre entre ses mains
La lectrice aux petits seins
Pour quelques heures, elle l’a délaissé
Et ainsi se donner à la sensuelle envie
Que la lecture lui avait procuré
Et à mes yeux qui, sur elle, s’étaient posés.

Paul Andrews

Écrit le 10/12/2011.

 

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Encore un Conte …


Lorsque Tina se réveilla ce matin-là,

elle se sentait incroyablement heureuse.

Heureuse sans raison.

La vie lui semblait belle,

alors que la veille au soir,

cette même vie lui paraissait terne,

sans relief.

Elle entreprenait ses activités quotidiennes avec entrain et bonne humeur.

Elle se sentait légère, presque aérienne.

On était à la veille de Noël.

Elle décida qu’il était temps de faire ses courses.

Au passage, elle salua ses voisines en grande discussion sur le pas de leur porte,

puis le concierge et une vieille dame qui passait par là.

Tout son être irradiait de ce bonheur tout neuf et,

à son passage,

chacun se surprenait à rire ou sourire,

tandis qu’elle déposait une parcelle de lumière en leur cœur.

Partout où elle se rendait,

elle offrait avec innocence sa joie contagieuse,

sans le savoir.

Ce Noël-là serait différent, elle en était certaine.

Elle choisit avec soin un cadeau pour chacun des membres de sa famille,

un cadeau-symbole de ce qu’ils représentaient pour elle,

un cadeau-cœur, pensait-elle.

Cependant,

lorsqu’elle rentra chez elle,

chargée de tous ses achats,

son mari, Bastien,

l’attendait devant la porte, rouge de colère.

–       Où étais-tu ?

Que faisais-tu ?

Avec qui ?

T’as vu l’heure ?

Quand je rentre,tu dois être là.

Il faut que le repas soit prêt !

Et puis, pourquoi t’es-tu faite si belle aujourd’hui !

Instantanément,

la jeune femme revêtit son habit de tristesse,

celui des jours obscurs.

Mais à cet instant précis,

son désarroi était immense,

plus encore que d’habitude.

Ce Noël devait être plus beau que les autres,

il serait peut-être pire.

Son désespoir était si grand qu’elle n’eut ni le courage

ni l’envie de se fâcher.

Elle se fraya un passage entre son époux et sa colère

pour déposer ses paquets dans une armoire.

Ils attendraient le lendemain.

–       Réponds ! Parle à la fin !

Tina ne savait que dire.

Les mots n’avaient plus que la saveur amère de sa tristesse,

ils avaient perdu leur signification.

Elle sentait qu’il fallait dire quelque chose, n’importe quoi…

Elle savait aussi que ce n’importe quoi

alimenterait la rage de son mari.

Il la secouait déjà avec violence.

–       Qu’est-ce que tu me caches ?

« Ma joie ! songeait-elle.

Si tu ne m’avais pas accueillie ainsi,

tu ferais partie de mon bonheur à présent. »

Elle ne pouvait pas le lui avouer.

Que comprendrait-il de cette joie sans objet !

Cette joie incroyable d’une aube brumeuse et pourtant si belle !

–       Je ne te cache rien, répondit-elle. Je regrette de t’avoir fâché.

–       Comment ? Je suis sûr que tu mens, sinon tu n’aurais pas réagi ainsi.

Il se mit à la secouer de plus belle,

puis à la frapper.

Ce n’était pas la première fois,

mais cette fois-ci,

il se montrait d’autant plus violent que Tina ne réagissait pas.

Elle se laissait faire.

Ne songeait plus à rien.

Toute son énergie s’était retirée d’elle,

elle qui n’était plus qu’une poupée de chiffon entre les mains de la brutalité.

Elle n’entendait plus la voix de son mari qui hurlait à tue tête :

–       Dis-moi ce que tu me caches !

Et lui n’entendait pas son épouse murmurer :

« Ma joie, qu’es-tu devenue ? »

Il ne lâcha Tina que lorsque les voisins,

alarmés par les hurlements de Bastien,

sonnèrent chez eux.

Encore empli de rage, celui-ci ouvrit la porte brusquement.

–       Qu’est-ce que vous nous voulez ?

Voisins et voisines ne répondirent rien.

Ils regardaient la femme recroquevillée dans ses sanglots muets.

Bastien, dégrisé, prit soudain conscience de ses actes

et les laissa emmener son épouse meurtrie dans son corps et dans son cœur.

Lorsqu’il se retrouva seul,

il se sentit submergé par le désespoir.

Pourquoi donc ne pouvait-il pas s’empêcher de brutaliser cette femme qu’il aimait ?

Il ne supportait pas cette joie de vivre,

il la supportait d’autant moins qu’il n’était pas à l’origine de ce bonheur.

Il ne pouvait imaginer que,

en cette veille de Noël,

la joie de son épouse était juste intérieure,

sans aucun motif.

Il fallait qu’elle soit heureuse grâce à lui et par lui seul.

Nul autre ne devait en être la cause…

Y avait-il un homme dans la vie de sa femme ?

Une bouffée de colère l’envahit et

il se mit à taper si fort sur le mur de la cuisine qu’il se blessa,

sans cesser pour autant de frapper, frapper, frapper…

Il ne sentait pas la douleur de sa main en sang.

Il ne percevait que sa souffrance intérieure,

cette souffrance que personne ne comprenait

et qu’il croyait atténuer en se châtiant.

Car personne ne pouvait imaginer combien

sa propre brutalité lui était douloureuse.

Cet ouragan intérieur qu’il ne réussissait pas à contenir,

il fallait qu’il l’extériorise pour ne pas exploser.

Et pourtant,

il ne supportait pas de faire du mal à Tina.

Il finit par se lasser de frapper ce mur qui ne lui avait rien fait

et se mit à marcher de long en large dans son petit appartement.

Vingt fois il passa devant sa bouteille de whisky,

son amie,

celle qui le consolait quand rien n’allait plus.

Vingt fois il renonça.

Il voulait trouver une solution

mais il se heurtait toujours à cette violence

qu’il ne réussissait pas à maîtriser.

Leur vie ne pouvait plus continuer ainsi.

Il faisait souffrir sa femme et ses enfants.

Il savait que les enfants ne rentreraient pas à la maison ce jour-là.

Que sa femme ou les voisins iraient les chercher à l’école

et les empêcheraient de venir à la maison.

Cela se passait toujours comme ça.

Elle passait quelques jours loin de la maison avec les enfants.

Elle lui manquerait alors terriblement,

il la supplierait de revenir,

promettrait que plus jamais il ne boirait ni ne la battrait.

Elle reviendrait.

A chaque fois,

il se demandait si la police viendrait frapper à sa porte pour l’emmener.

Si son épouse allait,

une fois de plus,

renoncer à porter plainte.

Pourquoi ne le faisait-elle pas jeter en prison ?

Il était si odieux !

Avait-elle peur de sa réaction ?

Sans doute… à moins que…

une pensée le frappa soudain.

Et si, au fond, elle l’aimait malgré tout ?

« Non, c’est impossible,

elle ne peut pas aimer un être aussi abject que moi. »

Et puis il trouva La solution,

la seule et unique solution pour ne plus souffrir,

pour que plus personne ne souffre par sa faute.

De toute façon,

son épouse ne reviendrait pas avant le 26

et ne se soucierait de lui.

Sa famille passerait un Noël heureux sans lui.

Il avait le temps de réfléchir à la façon dont il agirait.

Il en existait de multiples,

des plus ou moins douloureuses,

plus ou moins spectaculaires, plus ou moins sûres…

L’idée que son calvaire serait bientôt terminé le calmait,

lui faisait un bien fou.

Bastien savourait ces moments de quiétude.

Il ne réfléchissait pas aux conséquences que pourrait avoir son projet sur autrui.

Croyant penser aux autres,

il ne songeait qu’à lui.

Il refusait sa souffrance,

cette souffrance que tout le monde ignorait,

cette souffrance engendrée par cette rage intérieure

qu’il ne parvenait pas à contrôler.

Tout le monde le condamnait pour sa violence,

tous plaignaient sa femme,

lui en premier,

mais qui donc percevait l’ampleur de son tourment ?

Il avait beau se raisonner,

se promettre à lui-même de ne plus jamais recommencer,

il ne parvenait pas à contenir les émotions qui le submergeaient

et explosaient soudain dans une débauche gestuelle insensée.

Il se haïssait pour ça,

il ne se supportait plus et ne parvenait plus à se fuir dans l’alcool.

Ce jour-là,

il avait l’impression plus encore qu’avant

de se trouver dans une impasse et

que la seule porte qui s’offrait à lui était la mort.

Sans doute n’était-il pas un mauvais bougre dans le fond.

Il se sentait incompris,

il ne s’aimait pas et comprenait qu’on puisse ne pas l’aimer.

Il décida pour son dernier repas,

de se mijoter un festin,

comme cela lui arrivait lorsqu’il était plus jeune.

Il enfila un tablier et se mit à la tâche.

Pendant des heures il cuisina avec amour,

il humait avec délice les ingrédients pour s’imprégner une dernière fois

de l’arôme de chacun d’eux.

Il goûtait ses plats,

les rectifiant sans se lasser,

jusqu’à ce qu’il les estime parfaits.

Lorsqu’il eut terminé la préparation,

il nettoya la cuisine avec soin.

Puis s’attaqua au reste de la maison.

Il passa l’aspirateur,

épousseta les moindres centimètres carrés des meubles,

il lava le sol à grande eau,

les lavabos et la baignoire.

Bientôt l’appartement brilla,

brilla de propreté et de tout cet amour qui avait ressurgi du fond de son être.

Son repas était bientôt prêt.

Il descendit à la cave et choisit une de ses meilleures bouteilles,

non pour s’enivrer,

mais pour fêter cet événement.

Mourir la veille de la naissance du Christ était peut-être banal,

mais Bastien avait le sentiment d’offrir sa vie en cadeau à l’enfant Jésus.

Pour la première fois depuis longtemps,

il se sentait heureux.

Il ne lui restait plus qu’à dresser la table.

Il posa une assiette, un verre…

il hésita,

puis,

pris d’une impulsion subite,

plaça une seconde assiette,

un second verre,

sans trop savoir pourquoi.

Il alluma des bougies,

puis attendit encore un instant…

De toute façon, personne ne l’aimait.

–       Si, moi, je t’aime, chuchota une voix à son oreille.

Avait-il donc parlé à haute voix ?

Il se retourna et découvrit son épouse

qui avait pénétré dans l’appartement sans faire de bruit.

Elle lui souriait,

lumineuse.

Elle avait retrouvé sa joie quelque part

et tenait à la faire partager à son époux,

malgré tout.

Il n’avait pas toujours été brutal.

Ils s’étaient aimés un jour,

infiniment.

Cet amour n’était pas mort,

il était juste assoupi…

Bastien, ébloui par la beauté de sa femme,

se leva lentement pour l’enlacer,

la regarder, puis l’enlacer encore.

Elle était belle pour lui, juste pour lui…

pour eux.

Ils ne se firent aucune promesse,

pourtant ils sentaient tous les deux,

sans se le dire,

que tout allait changer,

que tout avait changé.

Ils auraient besoin de temps,

ils auraient besoin d’aide,

mais,

en ce jour de Noël,

ils comprirent qu’ensemble,

ils réussiraient à surmonter leurs difficultés.

Conte écrit et imaginé par Sylvie Guggenheim

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