Encore un poème de Lucie…

Si vous aimez encore une petite âme
Que vous avez eue en mains au temps passé,

Qui n’était alors qu’un embryon de femme

Mais dont le regard était déjà lassé,

Si vous aimez encore une petite âme,

Laissez-la quelquefois revenir encor

A vous, que charmaient ses yeux mélancoliques.

Vous vouliez, songeant déjà sa bonne mort,

La refaçonner dans vos doigts catholiques,

Laissez-la quelquefois revenir encor.

Elle n’est pas devenue une chrétienne,

Elle est même à présent, comme qui dirait,

Sans foi, sans loi, ni joie, une âme païenne

Des temps de décadence où tout s’effondrait.

Elle n’est pas devenue une chrétienne.

Sa fantaisie a la bride sur le cou.

C’est un bel hippogriffe qu’elle chevauche,

Qui de terre en ciel la promène partout

Sans plus s’arrêter au bien qu’à la débauche.

Sa fantaisie a la bride sur le cou.

Elle a l’œil triste et la bouche taciturne

Et quoique parfois ses essors soient très beaux,

Comme elle a bu le temps présent à pleine urne,

Elle se meurt de spleen, lambeaux par lambeaux.

Elle a l’œil triste et la bouche taciturne.

Son dos jeune a le poids du siècle à porter

Comme une mauvaise croix, sans coeur d’apôtre

Et sans assomption future à monter.

Voilà ce qu’elle est devenue et rien d’autre.

Son dos jeune a le poids du siècle à porter.

Mais le souvenir parmi d’autres lui reste

De vos mains qui la soignaient comme une fleur;

Et si vous vouliez lui rendre votre geste,

Elle pleurerait son mal sur votre cœur,

Car le souvenir parmi d’autres lui reste.

Laissez-la quelquefois revenir encor

A vous, que charmaient ses yeux mélancoliques.

Vous vouliez, songeant déjà sa bonne mort,

La refaçonner dans vos doigts catholiques,

Laissez-la quelquefois revenir encor.

Lucie Delarue-Mardrus (1874 – 1945)

Encore un conte …

Il était une fois des étoiles,

des milliards d’étoiles qui brillaient dans la nuit.

 

Chaque soir,

ils étaient des centaines de milliers à les admirer.

Un jour pourtant,

hommes et bêtes cessèrent de les contempler.

Ils avaient bien trop à faire…

 

Les dieux fâchés décidèrent alors d’un commun accord

de châtier l’humanité pour son dédain de la beauté céleste.

Désormais,

à chaque jour qui passait,

une centaine d’étoiles s’éteindraient,

et avec elles,

l’espoir d’une naissance humaine,

si les hommes poursuivaient sur la voie de l’indifférence.

 

Plusieurs centaines d’années passèrent

sans que personne ne remarque rien.

Il y avait tellement d’étoiles

que nul ne pouvait rien deviner du dessein divin.

Lorsqu’il ne resta plus que cent de ces astres,

les dieux ne les firent s’éteindre qu’une par une…

mais aucun être humain ne s’aperçut de rien.

Pourtant,

la terre s’était considérablement dépeuplée…

et à présent,

il n’y avait plus un seul cri d’enfants depuis fort longtemps.

Ce n’est que trois jours avant la fin du monde

qu’un vieillard, las de la vie,

leva les yeux au ciel pour se plaindre à Dieu d’être trop vieux…

C’était le premier être humain à s’être enfin arrêté

pour contempler le ciel après des milliers d’années d’indifférence…

 

Subjugué,

il vit alors les trois étoiles danser une ronde folle,

changeant de couleurs à tout instant.

A elles trois,

elles réussissaient à peupler le ciel d’une infinité de diamants lumineux.

Cette nuit-là,

les quelques vieillards qui peuplaient encore la planète

contemplèrent la danse des étoiles

et aucun d’eux ne s’endormit.

Lorsqu’enfin elles se calmèrent,

elles se rassemblèrent,

se soudant l’une à l’autre,

et montrèrent le chemin du premier enfant des étoiles.

 

Dans une crèche, paraît-il, entre un bœuf et un âne…

 

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