Pour les inconditionnels du Conte …

 


Il était une fois un directeur qui n’avait jamais le temps de rien faire,

même de travailler.

Lorsqu’on lui demandait quelque chose,

il répondait toujours qu’il n’avait pas le temps.

Qu’il était vraiment désolé,

mais qu’il n’avait pas le temps.

Les journées auraient dû être d’au moins 48 heures…

Et même, cela aurait-il vraiment suffi?

Il n’en était pas si sûr.

Et lorsque ses journées étaient passées,

il était bien incapable de dire ce qu’il avait fait,

puisque le tas de lettres qu’il avait sur la table

était toujours aussi haut que le matin même.

Disons qu’il avait passé son temps à diriger,

discuter, téléphoné, voyagé…

 

Il était une fois une mère de famille qui n’avait pas le temps,

vraiment pas le temps du tout.

Et elle disait à ses amies, à sa famille lointaine

qu’elle ne comprenait pas que le temps passe si vite.

« Les semaines passent si rapidement.

Si seulement elles avaient plus de 7 jours ».

La mère de famille passait son temps à ranger,

faire la lessive, faire des courses, la vaisselle,

la cuisine et le soir, elle travaillait encore.

Ouf…

 

Il était une fois un médecin qui n’avait pas le temps.

Toujours à courir d’un malade à l’autre.

Surtout que les malades, eux, ils ne font pas de pause!

Ils sont malades même les jours de fête, même la nuit.

Quelle idée!

 

Il était une fois un ingénieur, une secrétaire, un éboueur…

qui n’avaient pas le temps.

Il était une fois un enfant qui n’avait pas le temps de jouer.

 

Pourtant, au milieu de ce monde de folie,

ce monde où le temps semble manquer à tout un chacun,

il y avait un petit homme,

un seul petit homme qui avait toujours tout son temps.

Il habitait tout en haut d’un grand immeuble de huit étages.

Plusieurs fois par jour,

il montait et descendait à pied les escaliers,

parce qu’il avait le temps.

Comme tout le monde, il avait son travail,

ses occupations et ses préoccupations.

Il avait une femme et quatre enfants qui eux

n’avaient jamais le temps.

Ce petit homme s’appelait Zébulon.

 

Zébulon avait non seulement le temps,

mais il avait toujours l’air d’avoir le temps.

Entouré de gens qui n’avaient jamais le temps,

il se faisait sans cesse bousculer par eux :

–       Puisque vous avez le temps,

vous ne pourriez pas aller à la poste pour moi ?

demandait son collègue.

–       Puisque tu as l’air de n’avoir rien à faire,

tu pourrais faire à manger, faire la vaisselle, faire les commissions …

demandait sa femme.

–       Tu ne pourrais pas m’expliquer mes devoirs de math,

demandait l’un de ses enfants, puisque tu as le temps.

 

Et puis le second, le troisième et le quatrième enfant avaient,

eux aussi, quelque chose à demander.

L’un avait quelque chose à réparer,

l’autre avait besoin de son aide pour des devoirs de géographie,

et ainsi de suite.

L’homme,

tranquille, toujours souriant,

courait de l’un à l’autre pour tous les satisfaire,

il avait toujours le temps pour tout le monde.

Il lui en restait même un peu pour lui.

C’était comme si son temps à lui

n’était pas le même que celui des autres,

comme s’il était extensible à volonté

ou du moins n’avait pas de prise sur Zébulon.

 

Le petit homme avait d’ailleurs de la peine à comprendre

lorsque les autres lui disaient « je n’ai pas le temps ».

Parfois, Zébulon tentait d’argumenter, de poser des questions:

« Comment est-il possible que tu n’aies jamais le temps ».

Mais son interlocuteur était déjà loin,

et jamais Zébulon ne parvenait à discuter

avec l’un ou l’autre de ces orphelins du temps.

 

Si Zébulon avait toujours le temps,

du temps à consacrer aux autres,

il n’en était pas moins fatigué,

car personne n’avait de temps pour lui.

Et personne n’avait remarqué non plus qu’il avait toujours le temps.

Personne ne réalisait qu’il en faisait bien plus que tous les autres.

C’est ainsi que le jour de Noël,

alors qu’il décorait le sapin tout en mettant la table,

il tomba dans un fauteuil, amorphe,

et ne se releva plus.

Sa femme se mit à tempêter.

Son mari ne réagit pas.

Ses enfants hurlèrent.

Zébulon ne sourcilla pas.

L’épouse dut préparer le dîner de Noël,

mettre la table, ranger la maison…

Tout cela avec rage, sans réaliser

que son époux ne bougeait toujours pas.

Quant aux enfants,

ils durent se passer de l’aide de leur père,

homme à tout faire,

sans remarquer que leur père était resté figé dans son fauteuil.

 

Ce n’est que lorsque les invités arrivèrent,

que la femme et les enfants s’aperçurent que Zébulon,

devenu statue de chair,

était resté assis dans la même position depuis des heures.

 

C’est alors que l’épouse s’est inquiétée.

C’est alors que les enfants se sont précipités

vers ce père qui leur était si cher.

Tous se sont agenouillés devant le petit homme inconscient.

Ils lui ont pris les mains qu’il avait froides.

Ils ont tenté de le réchauffer, avec amour.

Les invités étaient là, debout à la porte.

Mais tout cela n’avait plus d’importance.

Tant pis si le repas refroidissait.

Tant pis si les invités s’en allaient sans avoir mangé.

Tant pis si les cadeaux sous le sapin n’étaient pas ouverts.

Plus rien ne comptait d’autre que le petit homme

qui ne voulait pas bouger.

La femme alla chercher une couverture,

les enfants allèrent chercher des oreillers,

une chaise pour poser ses pieds.

L’épouse caressait doucement la tête de l’époux

et lui disait des mots doux.

Les enfants serraient ses mains dans les leurs.

C’était comme si tout le temps du monde

était concentré sur cet homme.

 

C’était lui le maître du temps,

et il avait,

sans le vouloir,

offert un peu de ce temps à sa famille.

Pour la première fois, son épouse et ses enfants avaient le temps,

du temps pour lui.

Les invités partirent sans avoir mangé,

les bougies s’éteignirent sur le sapin,

mais femme et enfants étaient toujours agglutinés autour de Zébulon.

 

Quand le petit homme sortit de sa torpeur,

réchauffé par tant d’amour,

il fut très étonné de voir autour de lui toute sa famille endormie.

Il bougea ses membres ankylosés d’être restés si longtemps immobiles.

Ces mouvements réveillèrent tout son petit monde

qui sauta au cou du petit homme, soulagé.

 

C’est ainsi qu’en plein milieu de la nuit,

tous en ensemble,

ils s’assirent autour de la table pour manger un repas froid

– ô combien chaud à leur coeur –

tandis que de nouvelles bougies éclairaient le sapin et les cadeaux.

C’est ainsi qu’en ce jour de Noël,

Zébulon fit don du temps à sa famille.

 

Et dès ce moment,

aucun d’eux ne manqua plus jamais de temps pour les autres.

Car le temps,

c’est un peu d’amour et cela,

la mère et les enfants l’avaient enfin compris.

 

Conte imaginé et écrit par Sylvie Guggenheim

Publicités

26 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. marchan3042
    Déc 18, 2011 @ 13:23:46

    Oui, cela donne à réfléchir…! Une petite merveille !
    Bisous !

    Réponse

  2. Kleaude
    Déc 18, 2011 @ 14:23:10

    Wow! Superbe conte!!!!! J’aime beaucoup!!!!!

    Réponse

  3. Madeleine Lafrance
    Déc 18, 2011 @ 16:12:07

    Non seulement  » j’aime  »….mais j’adore …!

    Un merveilleux conte, qui finit bien …!
    Un grand message que ces lignes….surtout aujourd’hui dans ce monde de vitesse…où tout le monde veut tout, tout de suite …Alors c’est la course !
    On achète tout à crédit…on inscrit les enfants à toutes sortes d’activités…donc plus de temps pour ….rencontrer sa famille…Ou pire encore…les émissions de télé passent avant la visite ou un appel téléphonique de maman ou grand-maman..etc….
    Les cases-horaires sont parfois trop remplies…sauf que …!
    Que fait-on de cette qualité du temps ?

    Merci Oceannelle …
    Ça fait réfléchir….

    Tendresse
    Manouchka

    Réponse

    • Oceanelle
      Déc 18, 2011 @ 17:07:09

      Si cela pouvait servir à mettre un « ralenti » sur toutes ces actions à vitesse surmultipliées » …. ce serait merveilleux! un vrai conte ! Bisous Manouchka

      Réponse

  4. giselefayet
    Déc 18, 2011 @ 18:11:21

    J’ai dévoré ces lignes , magnifique ton conte . Le temps quelle donnée précieuse à partager pour plus d’humanité .
    Bisous

    Réponse

  5. annieahmad
    Déc 18, 2011 @ 19:07:47

    j'(aime , l’autre iùmpossible de voir ,bises

    Réponse

  6. fanfanvaconsin
    Déc 18, 2011 @ 19:14:48

    Bonsoir Océanelle !
    Encore une petite merveille, un conte qui amène à une belle méditation. Ma grand-mère disait « tu as la vie que tu te donnes ma fille ».
    Nous avons hélas tous un peu tendance a ne pas prendre le temps, nous perdons de beaux partages, de beaux moments….

    🙂 Un classique, mais toujours autant de bonheur que de l’entendre
    Bonne soirée Océanelle !

    Réponse

  7. colettedc
    Déc 18, 2011 @ 19:54:16

    Cela me fait penser parfois à des demandes que j’ai et cela laisse entendre que j’ai beaucoup de temps … et hélas, j’en fais pas mal plus que ces personnes … bien drôle la vie parfois hein !

    Réponse

  8. Elodie Belllule
    Déc 18, 2011 @ 20:04:33

    MERCI!!!! J’aime ce conte qui en dit tant !!!!! et oui le temps on ne le possède pas mais on peut le prendre ! Bisous

    Réponse

  9. douceurchezjolicoeur
    Déc 18, 2011 @ 21:59:46

    ۩♥۩♥… bonne soirée Océanelle faut laisser le temps au temps.-♥۩♥
    -♥۩♥۩♥…Il suffit parfois de donner une minute…-♥۩♥۩♥..
    -♥۩♥۩♥…de son temps pour pouvoir changer toute…-♥۩♥۩♥
    -♥۩♥۩♥…une vie Je t’offre une parcelle de mon temps…-♥۩♥۩♥
    -♥۩♥۩♥…Pour venir te dire bonsoir et te souhaiter…-♥۩♥۩♥
    -♥۩♥۩♥…une très bonne soirée ainsi qu’une douce nuit…-♥۩♥۩♥
    -♥۩♥۩♥…Gros bisous…-♥۩♥۩♥
    ˜*•. ˜*•.•*˜ .•*˜
    ˜*•. ˜”*°•.˜”*°•.•°*”˜.•° *”˜ .•*˜
    *˜”*°•Monique•°*”˜.•°*
    .•*˜ .•°*”˜.•°*”˜”*°•.˜”* °•. ˜*•.
    .•*˜ .•*˜*•. ˜*•.

    Réponse

  10. myoso68
    Déc 18, 2011 @ 22:40:23

    effectivement, nous ne prenons pas tjrs le temps pour les autres !!!
    j’ai souri en lisant ton conte, et que Zebulon réparait tout à ses enfants car tout petit , mon ptit fils attendait son père le soir , avec un tourne vis qu’il lui tendait afin qu’il répare tout ce que lui avait cassé pendant la journée !!!
    bises de la nuit !!!

    Réponse

  11. MAGALIE
    Déc 21, 2011 @ 17:50:38

    Ma douce, prendre du temps temps, il était une époque où je n’y prenais pas garde, maintenant je me met au ralenti plus souvent, j’ai beaucoup aimé ce conte qui a une logique….
    Des gros bisous ma douce pour une jolie soirée toute étoilée….

    Réponse

  12. makadame06
    Déc 24, 2011 @ 09:32:35

    je te souhaite de passer de joyeuses fêtes….bisous

    Réponse

  13. Peter
    Fév 11, 2012 @ 11:10:27

    Merci Océanelle de cet émouvant conte (dit-il la larme à l’œil).
    Il faut, comme le dit Moustaki, prendre le temps pour être libre.
    J’ai, depuis que je suis à la retraite, le temps de choisir mes occupations et ça n’a pas de prix, le temps de m’occuper des autres, le temps de l’Amitié.
    Encore merci.
    Bise d’hiver.

    Réponse

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Droits d’auteur enregistrés CopyrightDepot.com 00049441

%d blogueurs aiment cette page :