Une fable …

Deux frères jardiniers avaient par héritage
Un jardin dont chacun cultivait la moitié ;
Liés d’une étroite amitié,
Ensemble ils faisaient leur ménage.
L’un d’eux, appelé Jean, bel esprit, beau parleur,
Se croyait un très grand docteur ;
Et Monsieur Jean passait sa vie
A lire l’almanach, à regarder le temps
Et la girouette et les vents.
Bientôt, donnant l’essor à son rare génie,
Il voulut découvrir comment d’un pois tout seul
Des milliers de pois peuvent sortir si vite ;
Pourquoi la graine du tilleul,
Qui produit un grand arbre, est pourtant plus petite
Que la fève qui meurt à deux pieds du terrain ;
Enfin par quel secret mystère
Cette fève qu’on sème au hasard sur la terre
Sait se retourner dans son sein,
Place en bas sa racine et pousse en haut sa tige.
Tandis qu’il rêve et qu’il s’afflige
De ne point pénétrer ces importants secrets,
Il n’arrose point son marais ;
Ses épinards et sa laitue
Sèchent sur pied ; le vent du nord lui tue
Ses figuiers qu’il ne couvre pas.
Point de fruits au marché, point d’argent dans la bourse ;
Et le pauvre docteur, avec ses almanachs,
N’a que son frère pour ressource.
Celui-ci, dès le grand matin,
Travaillait en chantant quelque joyeux refrain,
Béchait, arrosait tout du pêcher à l’oseille.
Sur ce qu’il ignorait sans vouloir discourir,
Il semait bonnement pour pouvoir recueillir.
Aussi dans son terrain tout venait à merveille ;
Il avait des écus, des fruits et du plaisir.
Ce fut lui qui nourrit son frère ;
Et quand Monsieur Jean tout surpris
S’en vint lui demander comment il savait faire :
Mon ami, lui dit-il, voici tout le mystère :
Je travaille, et tu réfléchis ;
Lequel rapporte davantage ?
Tu te tourmentes, je jouis ;
Qui de nous deux est le plus sage ?

.

Jean Pierre Claris de FLORIAN (1755-1794)

Jean-Pierre Claris de Florian, né près de Sauve à Logrian, le 6 mars 1755 et mort à Sceaux le 13 septembre 1794, est un auteur dramatique, romancier, poète et fabuliste français.

Issu d’une famille noble et vouée à la carrière des armes, il naît au château de Florian, sur la commune de Logrian, près de Sauve dans le Gard, au pied des Basses-Cévennes. Sa mère, d’origine espagnole1 meurt lorsqu’il est enfant et il est élevé au château de Florian. Son oncle ayant épousé la nièce de Voltaire, c’est à dix ans, en juillet 1765 lors d’un séjour à Ferney, qu’il est présenté au célèbre écrivain, son grand-oncle par alliance, qui le surnomme Florianet.

A treize ans, il devient page au service du duc de Penthièvre2 puis entre quelques années plus tard à l’école royale d’artillerie de Bapaume. À sa sortie, il sert quelque temps comme officier dans le régiment des dragons de Penthièvre. La vie de garnison ne lui convenant pas, il sollicite et obtient une réforme qui lui conserve son grade3 dans l’armée mais lui permet de suivre le duc de Penthièvre à Anet et Paris (un petit appartement lui était réservé à l’Hôtel de Toulouse) et de s’adonner entièrement à la poésie. Le duc de Penthièvre, qui lui avait donné à sa cour le titre de gentilhomme ordinaire, resta sa vie durant son ami et son protecteur.

Son buste à Sceaux.

Il est élu membre de l’Académie française en 1788 après avoir vu deux de ses œuvres4 couronnées par cette institution. Contraint, en tant que noble, de quitter Paris lors de la Révolution française, il se réfugie à Sceaux. Malgré l’appui de son ami François-Antoine de Boissy d’Anglas, il est arrêté en 1794, l’épître dédicatoire de Numa Pompilius qu’il avait écrite à la reine huit ans plus tôt, le desservant devant le Comité de sûreté générale. Remis en liberté le 27 juillet grâce à Boissy d’Anglas, il meurt subitement le 13 septembre5, à l’âge de trente-neuf ans, probablement des suites de sa détention.

Il est enterré à Sceaux où sa tombe a été érigée en sanctuaire des Félibres, association culturelle et littéraire créée par Frédéric Mistral au milieu du XIXe siècle. Elle se trouve dans le Jardin des Félibriges, entourée de bustes des membres célèbres de l’association. Chaque année, à la fin du printemps s’y déroule une manifestation commémorative : les Fêtes Félibréennes de Sceaux6.

Œuvre

Jean-Pierre Claris de Florian est particulièrement connu en tant que fabuliste, ses fables étant unanimement considérées comme les meilleures après celles de Jean de la Fontaine. Le critique Dussault (1769-1824) écrit dans ses Annales littéraires : « Tous ceux qui ont fait des fables depuis La Fontaine ont l’air d’avoir bâti de petites huttes sur le modèle et au pied d’un édifice qui s’élève jusqu’aux cieux ; la hutte de Florian est construite avec plus d’élégance et de solidité que les autres et les domine de plusieurs degrés ».

Cent douze fables de Florian ont été publiées de son vivant et douze de manière posthume. Les morales de certains de ses apologues sont encore citées couramment, comme « Pour vivre heureux, vivons cachés » (Le Grillon), « Chacun son métier, les vaches seront bien gardées » (Le Vacher et le Garde-chasse) ou « L’asile le plus sûr est le sein d’une mère » (La Mère, l’Enfant et les Sarigues). Quant aux expressions « éclairer sa lanterne » ou « rira bien qui rira le dernier », elles sont tirées respectivement des fables Le Singe qui montre la lanterne magique et Les deux Paysans et le Nuage.

Toutefois, il a aussi écrit des pièces de théâtre, des romans, des nouvelles, des contes en prose ou en vers, une traduction très libre du Don Quichotte de Cervantès et de nombreux poèmes dont la plupart ont été mis en musique (plus de 200 partitions). La romance la plus connue est Plaisir d’amour, qui figure dans la nouvelle Célestine, mise en musique par Jean Paul Égide Martini.


Fables (1792)

  • La Brebis et le Chien

  • Les enfants et les perdreaux

  • L’Âne et la Flûte

  • L’Aveugle et le Paralytique

  • La Carpe et les Carpillons

  • La Fable et la Vérité

  • La Jeune Poule et le Vieux Renard

  • La Chenille

  • Le Singe et le Léopard

  • Le Calife

  • Le Château de cartes

  • Le Crocodile et l’Esturgeon

  • L’Éducation du Lion

  • L’Enfant et le Miroir

  • Le Grillon

  • Le Lapin et la Sarcelle

  • Le Philosophe et le Chat-huant

  • La Guenon, le Singe et la Noix

  • Le Vacher et le Garde-chasse

  • Le Vieil Arbre et le Jardinier

  • Le Rossignol et le Prince

  • Les Deux Voyageurs

  • Les Deux Jardiniers

  • Le Phénix

  • L’inondation

  • Le danseur de corde et le balancier

  • L’avare et son fils

  • Le cheval et le poulain

Théâtre

  • Les Deux Billets (1779)

  • Jeannot et Colin (1780)

  • Les Jumeaux de Bergame, Le Bon ménage (1782)

Nouvelles

  • Bliombéris, Pierre, Célestine, Sophronime, Sanche, Bathmendi (1784)

  • Selmours, Sélico, Claudine, Zulbar, Camiré, Valérie (1793)

Pastorales

  • Galatée (imité de la Galatée de Cervantès, 1783)

  • Numa Pompilius, (roman imité de Télémaque, 1786)

  • Estelle et Némorin (1788)

  • Gonzalve de Cordoue (1791) précédé d’une étude Précis historique sur les Maures

Églogues

  • Ruth (1784) couronnée par l’Académie française

  • Tobie (1788)

Contes

  • Les muses

  • Le vizir

  • Inès de Castro

Divers

  • Voltaire et le Serf du Mont Jura (1782) dialogue en vers entre Voltaire et un paysan, primé par l’Académie française le sujet étant « l’abolition de la servitude dans les domaines du roi »

  • Eliézer et Nephtali (publication posthume en 1803)

  • Traduction libre de Don Quichotte (publication posthume en 1798)

  • Mémoires d’un jeune Espagnol

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20 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. marchan3042
    Fév 15, 2012 @ 15:22:40

    Et je n’ai rien lu. Regarde ma photo !
    Chacun son tour, mais je n’ai pas de dépanneur !!

    Réponse

  2. giselefayet
    Fév 15, 2012 @ 15:50:18

    Merci d’avoir rendu hommage à cet écrivain il est vrai qu’on retient plus facilement La Fontaine, Esope comme fabulistes . De temps en temps il est bon de se remettre en mémoire certains noms .
    Bonne soirée
    Bisous

    Réponse

  3. douceurchezjolicoeur
    Fév 15, 2012 @ 15:56:23

    ♥♥♥♥ … Me voilà … ♥♥♥♥
    —————————–_(\_/)
    ——————————,((((^`\- C’est moi
    —————————–((((–(6-\-
    —————————,(((((-,,—-\
    ——–,,————–,(((((–/”._–,’,;
    ——-((((\\-,…——-,((((—/—-`,
    ——)))–;’—-`”‘”‘” »((((—(—— Je me balade sur ton blog
    —–(((–/————(((——\
    ——))-|———————-|
    —–))–\—–_-’——`t—,.’) Pour te souhaiter
    —–(—|—y;—,-” »‘”-.\—\/
    —–)—/-./–)-/———`\– Une bonne fin d’après-midi
    ——–|./—(-(———–/-/’
    ——–||—–\\———-//’|
    ——–||——\\——-_//’|| Gros bisous ma gentille Océanelle
    quel plaisir de te voir chez moi je viendrais
    lire tout a l’heure car pas trop le temps a très vite
    ˜*•. ˜*•.•*˜ .•*˜
    ˜*•. ˜”*°•.˜”*°•.•°*”˜.•° *”˜ .•*˜
    *˜”*°•Monique•°*”˜.•°*
    .•*˜ .•°*”˜.•°*”˜”*°•.˜”* °•. ˜*•.
    .•*˜ .•*˜*•. ˜*•.

    Réponse

  4. hurlu7700
    Fév 15, 2012 @ 16:13:38

    Bonjour Mme Océanelle ………..

    Très jolie fable que voilà sur les Deux Frères jardiniers …..Magnifique…..Agréable à

    lire….Merziiiiiiiiiiiiiiii de publier de si belle choses ceci je te le dis en toute Amitiés

    sincères….et te fait de très gros…gros…Bisousssssssssssssssss !!! hurlu7700…ex:

    capthadoock……A + ………………

    Réponse

  5. fanfanvaconsin
    Fév 15, 2012 @ 16:56:57

    Fin de journée en beauté Océanelle, une belle leçon en cette fable, je raffole de ce genre de chose comme de dictons. Je découvre ce monsieur par tes soins, je dirais tout aussi bon que Mr De La Fontaine, merci Océanelle. Quand remettrons nous ceci sur les bancs de l’école ainsi que les leçons de morale ? (elle sont au programme mais non appliqués) Que j’aimais ce moment, avant de commencer les cours, oups moment de nostalgie 😦
    Bonne fin de journée et douce soirée à toi avec de tendres bisous

    Réponse

    • Oceanelle
      Fév 15, 2012 @ 18:07:32

      J’adore les fables également et leur morale … cela date de ma plus tendre enfance …; dommage que cela se perdre vraiment! belle fin de soirée à Toi avec mes bisous-tendresse Fanfan

      Réponse

  6. Peter
    Fév 15, 2012 @ 17:59:35

    La Fontaine aurait pali s’il avait lu une telle fable, et les autres aussi 🙂
    Amicalement.

    Réponse

  7. annieahmad
    Fév 15, 2012 @ 18:34:38

    merziii comme dit Hurlu , et bonne soiree bises

    Réponse

  8. Mamie Mandrine
    Fév 15, 2012 @ 18:54:22

    belle histoire et surtout belle fin, quoique je pense qu’il faut aussi réflèchir dans la vie, mais réfléchir ne veut pas dire rêver…
    bonne soirée
    bisous
    Mamie Mandrine

    Réponse

  9. migama7538
    Fév 16, 2012 @ 19:09:00

    Ma douce cette fable sur ces deux frères jardiniers je ne la connaissais pas, ni l’auteur d’ailleur, il en a écrit beaucoup, et son portrait est fascinant..
    C’est complètement différent de La Fontaine mais j’aime beaucoup…
    Merci pour ce joli partage…
    Des gros bisous tout doux….

    Réponse

  10. Gaël LOAËC/Paul ANDREWS (Blog 3)
    Fév 17, 2012 @ 06:07:04

    et bien c’est une bien jolie fable que nous est conté là oceanelle
    merci de partager des talents aussi diverses
    bises pour toi

    Réponse

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