Je t’aime d’être faible …

Peinture de Di Maccio  

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Je t’aime d’être faible et câline en mes bras

  Et de chercher le sûr refuge de mes bras
    Ainsi qu’un berceau tiède où tu reposeras.
     
    Je t’aime d’être rousse et pareille à l’automne,
    Frêle image de la Déesse de l’automne
    Que le soleil couchant illumine et couronne.
     
    Je t’aime d’être lente et de marcher sans bruit
    Et de parler très bas et de haïr le bruit,
    Comme l’on fait dans la présence de la nuit.
     
    Et je t’aime surtout d’être pâle et mourante,
    Et de gémir avec des sanglots de mourante,
    Dans le cruel plaisir qui s’acharne et tourmente.
     
    Je t’aime d’être, ô sœur des reines de jadis,
    Exilée au milieu des splendeurs de jadis,
    Plus blanche qu’un reflet de lune sur un lys…
     
    Je t’aime de ne point t’émouvoir, lorsque blême
    Et tremblante je ne puis cacher mon front blême,
    Ô toi qui ne sauras jamais combien je t’aime !
   

    Renée Vivien (1877-1909)

Pauline Mary Tarn dont le pseudo est Renée Vivien était la fille d’une américaine et d’un britannique fortuné (John Tarn) qui mourut en 1886, lui laissant un héritage qui la mettait à l’abri du besoin.

 

Après sa scolarité – au cours de laquelle elle se fait remarquer par son attachement (amical et « sororal ») pour son amie Violet (ou Violette) Shillito (qui décèdera en 1901) — effectuée d’abord à Paris, ensuite à Londres (cet « exil » lui permet d’avoir une belle correspondance littéraire avec Amédée Moullé en 1893 alors qu’elle a seize ans et lui cinquante), elle retourne, à sa majorité en 1899, s’établir à Paris dans un luxueux appartement situé au rez-de-chaussée du 23, avenue du Bois de Boulogne donnant sur un jardin japonais.

 

Elle voyagea beaucoup à travers le monde. Ainsi, le Japon, Mytilène et Constantinople figuraient au nombre de ses destinations préférées.

Elle eut une relation orageuse avec Natalie Barney, qu’elle quitta, trouvant ses infidélités trop stressantes, refusant même, à son retour des États-Unis de la revoir. Natalie, qui ne se résigna jamais à cette séparation, devait faire des efforts acharnés jusqu’à la mort de Renée pour tenter de la reconquérir, y compris en lui envoyant des amis communs (Pierre Louÿs notamment) plaider en son nom, ainsi que des lettres et des fleurs lui demandant de revenir sur sa décision.

 

Elle eut, en revanche, une liaison plus stable avec la richissime baronne Hélène de Zuylen, pourtant mariée et mère de deux fils. En effet, Hélène lui apporta un équilibre émotif et une stabilité bénéfiques à sa création littéraire, rédigeant même quatre ouvrages en collaboration avec elle sous le pseudonyme collectif de Paule Riversdale.

 

Bien que la position sociale la baronne de Zuylen fasse obstacle à une relation publiquement affichée, toutes deux voyagèrent souvent ensemble et elles poursuivirent une liaison discrète de 1902 jusqu’à 1907.

 

Les lettres de Renée à son confident, le journaliste et érudit Jean Charles-Brun (qu’elle appelait « Suzanne »), révèlent que celle-ci se considérait comme mariée à la baronne.

 

Alors qu’elle était toujours avec Zuylen, Vivien reçut une lettre d’une mystérieuse admiratrice stambouliote, Kérimé Turkhan Pacha, l’épouse d’un diplomate turc (probablement Turhan Hüsnî Pasa), d’où s’ensuivit, quatre ans durant, une correspondance intense, passionnée, suivie de brèves rencontres clandestines.

 

Bien qu’éduquée à la française, Kérimé vivait selon la tradition islamique (cf « Lettres à Kérimé » parues en 1998. En 1907, la baronne la quitta brusquement pour une autre femme, donnant lieu à toutes sortes de commérages dans la coterie lesbienne de Paris.

 

Profondément choquée et humiliée, Vivien s’enfuit avec sa mère au Japon et à Hawaï, tombant sérieusement malade au cours du voyage.

 

Le départ en 1908 de Kérimé pour Saint-Pétersbourg, pour suivre son mari en poste, mettant un terme à leur liaison, fut un nouveau coup dur pour Renée. Terriblement affectée par les pertes qu’elle avait subies, la spirale psychologique dans laquelle elle se trouvait déjà ne fit que s’accélérer.

 

Elle se tourna de plus en plus vers l’alcool, la drogue.

 

Des auteurs d’ouvrages critiques tels que Martin-Mamy, Le Dantec, Kyriac et Brissac firent de Renée Vivien une femme du mal et de la damnation, perverse et libertine à la fin de sa vie, allant jusqu’à lui inventer une vie de débauches et d’orgies auxquelles se marièrent la consommation de cocaïne.

 

Rien de tout ceci ne fut jamais avéré. Et il est important de comprendre que les travaux sur sa vie et ses vers ont été influencés par les différentes idéologies des époques, idéologies qui considéraient encore l’homosexualité comme une grave névrose, une maladie mentale.

 

Plongée dans une dépression suicidaire, elle refusa de se nourrir convenablement, facteur qui devait finir par contribuer à sa mort dont elle avait une image romantique.

 

Lors de son séjour à Londres en 1908, dans un moment de découragement extrême et profondément endettée, elle tente de se suicider au laudanum après s’être allongée sur son canapé en tenant un bouquet de violettes sur son cœur.

 

Après ce suicide raté, elle contracte une pleurésie qui la laissera affaiblie après son retour à Paris. Souffrant de gastrite chronique, due à des années d’abus d’alcool et d’hydrate de chloral, elle avait également commencé à refuser de s’alimenter.

 

Au moment de sa mort, elle pesait à peine plus de 30 kilos. De multiples névrites lui paralysant les membres, elle se déplaçait, dès l’été 1909, à l’aide d’une canne.

 

Morte au matin du 18 novembre, âgée de 32 ans, le décès fut attribuée, à l’époque, à une « congestion pulmonaire », mais sans doute attribuable à une pneumonie compliquée par l’alcoolisme, la toxicomanie et l’anorexie.

 

Enterrée dans le même quartier que celui où elle avait vécu, au cimetière de Passy, sa tombe, située non loin de celle de Natalie Barney, est constamment fleurie, preuve que sa figure et son œuvre continuent de susciter une intense ferveur.

 

 

Il est possible de lire cette fin de vie difficile dans Le pur et l’impur au travers des yeux de son amie Colette, paru en 1932 ou dans « Souvenirs indiscrets » de Natalie Clifford Barney paru en 1960.

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20 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. bleuemarie
    Avr 25, 2012 @ 11:03:59

    Ton billet est tout simplement passionnant.
    J’ignorais tout de cette femme ; tu me donne envie de faire vraiment sa connaissance 🙂

    Réponse

  2. fanfanvaconsin
    Avr 25, 2012 @ 12:14:10

    J’aime aimer de la faiblesse qui n’en est pas une à mon sens. L’amour le vrai, vous rend vulnérable, fragile. Mais que c’est bon lorsque cela est dans un partage harmonieux..hum..
    Merci Océanelle encore une petite merveille que tu nous déposes là, je ne m’en lasse, éternelle rêveuse 🙂

    A très bientôt Océanelle !

    Réponse

    • Oceanelle
      Avr 26, 2012 @ 07:54:41

      Comme je suis d’accord avec toi Fanfan …. Cette chanson est une des plus belles qui soit !!! J’aurais aimé l’écrire!

      J’aime aussi celle-ci …..je craque complètement

      Jolie non ???

      Belle journée avec plein d’amour … sourire

      Réponse

      • fanfanvaconsin
        Avr 26, 2012 @ 13:00:14

        😉 🙂
        Ah mais oui, je connais, j’ai l’album à la maison, un grand romantique Mr Cocciante 😉
        Merci à toi de me faire ce cadeau.
        Bonne après-midi à toi Océanelle, je file l’orage arrive à grands pas, à bientôt !
        Tendres bisous éventés

      • Oceanelle
        Avr 27, 2012 @ 08:51:04

        Ah Cocciante ! toute une époque …. souvenirs-souvenirs ! Bisous

  3. migama7538
    Avr 25, 2012 @ 15:52:57

    Ma douce magnifique, encore un écrivain que je ne connaissais pas, quel beau poème, j’aime beaucoup la lire, mais quelle fin horrible. Les plus beaux écrits sont souvents fait par des âmes tourmentées… Merci ma douce pour ce joli partage… Bisous très gros

    Réponse

  4. Drenagoram
    Avr 25, 2012 @ 21:07:00

    A cet Être si Tendre , Fleur au Coeur du Jardin ,
    Délicate est sa Main , Suivant Courbes par Méandres ,
    Tout ce Temps à l’Attendre , Pour Dormir en son sein ,
    Grain de Lys sur Jasmin , Doux Parfum , Peaux de Chambre.
    ~
    NéO~
    ~
    Becs Farceurs :mrgreen:

    Réponse

  5. le blabla de l'espace
    Avr 26, 2012 @ 09:00:51

    je vais relire cette histoire de vie, elle m’attire,
    c’est bizarre hier sur le net, j’ai ecouté pour elle de cocciante et j’ai mis cette chanson plein de fois car il y avait des paroles,
    bref, sinon, c’est incroyable que l’homosexualité avant etait considéré de la sorte, des gens jugent toujours par rapport a quoi ?
    cette femme etait si talentueuse, et nous apporte ce don d’ecriture et de sensibilité, franchement, moi je suis toujours emerveillée devant l’emotion que les gens peuvent nous apporter,
    bisous, je reviens lire, car ce matin je passe assez vite, j’ai plein de boulot bisous

    Réponse

    • Oceanelle
      Avr 26, 2012 @ 09:12:29

      Merci de ton passage …bon courage pour « ton plein de boulot » …
      Heureusement les temps ont changé et les regards sur les différences aussi !
      Cocciante …j’aime beaucoup!
      A très vite …Bisous

      Réponse

  6. giselefayet
    Avr 26, 2012 @ 09:27:19

    Merci de m’avoir fait découvrir la vie de cette femme talentueuse , je ne connaissais pas du tout son histoire tragique ,Une sensibilité à fleur de peau si j’en crois son poème qui est peut être à l’origine de sa vulnérabilité .
    Bonne journée
    Bisous

    Réponse

  7. Sorcière
    Avr 29, 2012 @ 23:21:19

    J’adore ce poéme…merci pour la découverte..

    Amitié
    Sorcière

    Réponse

  8. migama7538
    Mai 02, 2012 @ 05:26:13

    Ma douce, j’adore ce poème et je viens le relire; elle était vraiment jolie j’avais été prise par son destin et j’avais survollé la photo comme quoi il est toujours bon de revenir sur un billet… Bisous, bisous, bisous….

    Réponse

  9. filamots
    Mai 04, 2012 @ 07:44:33

    Merci pour cette biographie aussi détaillée. Nathalie Barney me semble t-il l’avoir déjà croisée en cherchant sur la toile d’autres sujets. J’ai oublié lesquels.
    Un destin féminin hors du commun, comme toutes ces femmes se voulant être libres et essayant de l’être que cela soit au siècle dernier ou encore aujourd’hui. Briser bien des tabous.
    J’aime les échanges épistolaires surtout d’amour 🙂
    Une vie de femme à essayer d’ajouter à celles que je possède déjà dans ma collection. Ce qu’elles ont en commun ? L’amour, la liberté, la joie de vivre et d’aller jusqu’au bout en assumant ces choix pas si faciles à tenir.
    Merci à toi, d’avoir mis ce rappel et ce très beau texte. Une belle découverte, comme tout ce qui se passe sur ton blog Océanelle 🙂

    Réponse

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