Deux voyages …

Les bagages

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Une dame avait pour bagages :
Un coffre, une cage, trois paniers, cinq malles, un faitout,
Plus un gentil petit toutou.

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Au guichet d’enregistrement,
L’enregistreur évidemment
Enregistra tous ses bagages :
Un coffre, une cage, trois paniers, cinq malles, un faitout,
Un tout petit toutou.

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Puis, dans le tout dernier wagon,
Le wagon dénommé fourgon,
On empila tous ses bagages :
On y mit tout, jusqu’au toutou.

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Or, avant même qu’on roulât,
Le cher toutou se défila …

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Ce ne fut qu’à l’arrêt suivant
À l’arrêt suivant, pas avant !
Qu’on recompta les bagages :
Nom d’un bonhomme ! et le toutou ?

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Au même instant qu’est-ce qu’on voit ?
Un dogue, à côté du convoi …
On l’attrape, et hop ! aux bagages ! …
Le mâtin rejoint coffre, cage, paniers, valises, malles et faitout :
Le dit dogue devient toutou.

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Bref, on arrive à Jitomir.
Un porteur nommé Vladimir, ou Kantémir ou Clodomir …
Un porteur porte les bagages :
Sur ses talons trotte un toutou …

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Le toutou pousse un aboiement ! …
La dame alors : – Hein ? Quoi ? Comment ? Bandits ! Voyous ! Vauriens !
Ce chien … ce chien n’est pas le mien !
Que m’importent tous ces bagages !
Gardez valises et coffre et cages, malles et faitout …
Rendez- moi mon petit toutou !

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Madame ! à quoi bon tout casser ?
Si j’en crois le récépissé, vous ne déposâtes aux bagages
Alors, qu’un tout petit toutou …
À voyager, votre toutou
A pu changer du tout au tout !

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L’hurluberlu

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Connaissez-vous l’hurluberlu
De la rue Lanturlu ?

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Il se lève un dimanche,
Enfile ses deux manches

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De chemise… Allons bon,
C’est son vieux pantalon !

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Ah ! quel hurluberlu
De la rue Lanturlu !

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Il met des caoutchoucs :
C’est pas les siens du tout!

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Et puis un pardessus :
C’est pas le sien non plus !

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Ah! quel hurluberlu
De la rue Lanturlu !

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Au lieu de son chapeau
Il s’est coiffé d’un pot,

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Et il met ses pantoufles
À la place des moufles.

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Ah! quel hurluberlu
De la rue Lanturlu !

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Il a pris l’autobus
Pour aller à la gare;

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S’embrouillant tant et plus,
Le voici qui déclare
Au chauffeur-conducteur :

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« Très cher et honoré
Chaubus de l’autoffeur,
Cher auto chauforé,
Honobus du cherfeur !
Laissez-moi démonter,
Je vais être en retard;
Pouvez-vous arrêter
Votre gus à la bare  ? »

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Le chauffeur stupéfait
Freine vite à l’arrêt.
Et notre hurluberlu
De la rue Lanturlu
Court alors au buffet
Acheter un billet,
Puis il file chercher
Un sandwich au guichet.

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Ah! quel hurluberlu
De la rue Lanturlu!

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Sans trop faire  attention,
Il va vers un wagon
Qui était en garage,
Y monte ses bagages,
S’installe et tôt s’endort

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Après tous ces efforts,
De bon matin, il dit :

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 » Quel est donc cet arrêt ? « 

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 » Mais c’est Paris, pardi !  »
Lui répond-on du quai.

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Après un petit somme
Il se penche au-dehors,
Voit une gare énorme
Et une fois encore
Demande, un peu surpris :
 » Mais quel est cet arrêt ?
Trifouillis ou Tremblay ?  »
 » Non, pardi, c’est Paris !  »
Lui répond-on du quai.

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Il refait un bon somme,
Puis se penche au-dehors,
Voit une gare énorme
Et demande bien fort,
De plus en plus surpris:
 » Mais quel est cet arrêt ?
Bécon ou Bilboquet ?  »
 » Non, pardi, c’est Paris !  »
Lui répond-on du quai.

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 » Quelle blague !  » il s’écrie,
« J ‘ai bien roulé deux jours,
Et voilà qu’à Paris
Je serais de retour !  »

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Ah! quel hurluberlu
De la rue Lanturlu… 

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Samuel Marchak (1887-1964)

Poète russe contemporain, qui a connu la Russie impériale et la Russie République de l’URSS. Il est auteur pour enfants de poésies et de pièces de théâtre.

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