Le Piano

Sur le clavier sanglote une dolente phrase,
Dans la maison la plus triste du quai désert ;
Lourde l’eau, bas le ciel où le couchant s’écrase.

 

Phrase lente, elle conte une longue misère :
C’est un De profundis qui ne croit pas en Dieu,
Et supplie, en sachant le néant dans son vœu.

Et l’on sent, reflétée en sa monotonie,
La monotone horreur de ce vide infini.

Monotones les jours de celle-là qui joue,
Et que l’amour n’a pas assez de ciel comblée,
Ou qui, peut-être, songe à quelqu’un d’exilé
Là-bas, sur quelque mer monotone, ou mort fou
Des mépris expiés par celle-là qui joue.

 

Ah ! dans cette maison triste du quai désert,
C’est le Miserere de toute sa misère,
Au milieu d’un désert qui n’aura pas de manne,
Et que traversera seule, écho de Schumann,
Et que remplira seule, à jamais cette phrase,
Morne comme le ciel où le couchant s’écrase !

Louis Le Cardonnel (1862-1936)

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Quatre mots sur un piano

Quatre mots sur un piano, ceux qu’elle a laissés
Quatre c’est autant de trop, je sais compter
Quatre vents sur un passé, mes rêves envolés
Mais qu’aurait donc cet autre que je n’ai ?
Ne le saurai-je jamais

Cas très banal, cliché, dénouement funeste
Trois moins deux qui s’en vont, ça fait moi qui reste
Caresses, égards et baisers, je n’ai pas su faire
La partager me soufflait Lucifer
Depuis je rêve d’enfer

Moi j’aurais tout fait pour elle, pour un simple mot
Que lui donne l’autre que je n’offrirais ?
Elle était mon vent mes ailes, ma vie en plus beau
Etait-elle trop belle ou suis-je trop sot ?
N’aime-t-on jamais assez ?
Quatre années belles à pleurer, maigre résumé
Cartes jouées mais la reine s’est cachée
Quatre millions de silences, de regrets qui dansent
Les questions, les soupirs et les sentences
Je préférais ses absences

Moi j’aurais tant fait pour elle, pour boire à son eau
Que lui donne l’autre que je n’offrirais ?
Elle était mon vent mes ailes, ma vie en plus beau
Mais était-elle trop belle, ou bien nous trop sots ?
N’aime-t-on jamais assez

Vous étiez ma vie comme la nuit et le jour
Vous deux, nouez, filiez mon parfait amour
Un matin vous m’avez condamnée à choisir
Je ne vous aimais qu’à deux
Je vous laisse, adieu
Choisir serait nous trahir

Mais qu’aurait donc cet autre que je n’ai ?
Ne le saurai-je jamais ?
La partager me soufflait Lucifer
Depuis je rêve d’enfer


Jean Jacques Goldman

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